Réserve Naturelle de la Carrière de Marmont à Romedenne

 Dernière mise à jour : 21 mars 2016

Cette réserve est à présent sous la tutelle du DNF

Voir aussi SGIB n°1382

Il semble à présent que ce site soit laissé à l’abandon et ce malgré un intérêt hépétologique majeur

Commune: Philippeville
Superficie totale: 2ha 66a
Propriétaire: ville de Philippeville
Date de création: 1997

Introduction

Le site est propriété de la commune de Philippeville. Il s’agit d’un site très riche au niveau faunistique: reptiles, mammifères et oiseaux tels que rossignol, fauvettes, pouillots, rousserolles, … et floristique: plantes rares d’origine subméditerranéennes (origan, thym serpolet, hélianthème jaune, …).

Historique

Cette carrière existait déjà en 1888 puisque les fours à chaux ont été vendus à cette époque. Beaucoup de communes possédaient de petites carrières pour:

  • extraire des pierres pour bâtir,
  • fabriquer de la chaux avec les cailloux plus petits,
  • empierrer les routes dont le travail relevait des communes.

Cette carrière, très longue était exploitée pour la fabrication de la chaux. Les pierres friables de la croûte étaient amenées par wagonnets jusqu’aux fours situés en contrebas. Quant aux pierres popur bâtir, elles étaient extraites par bancs de 20 à 30 cm d’épaisseur que l’on faisait tomber à l’aide de crampes et de coins. Les dernières pierres à maçonner datent de la dernière guerre.

Pour les pierres de routes, beaucoup de petits fermiers, pendant l’hiver, concassaient des petits cailloux et étaient payés au m3.

Cette carrière appartenait à la commune et était louée en parcelles aux habitants du village.

Intérêt botanique

La végétation

Les groupements végétaux observés sont liés aux différents milieux rencontrés, depuis la dépression de la Fagne jusqu’au plateau du massif de Philippeville, en passant par le talus de calcaire frasnien bien exposé au sud.

Sur la crête de la falaise de calcaire frasnien et sur la pente raide à l’exposition sud, le buis (Buxus sempervirens) forme des peuplements denses et étendus. Le sol est rocailleux et très superficiel, constitué soit par la roche en place, souvent corrodée en lapiaz, soit par des éboulis à gros éléments.

Il y a 30-40 ans, le long de la crête ou à proximité de celle-ci, des allées avaient été aménagées, des clairières agrandies pour faciliter le passage des chasseurs. Le buis était coupé à des intervalles réguliers; les autres espèces ligneuses ne pouvaient repousser de souche par suite de l’abondance des lapins. La pelouse à Geranium sanguineum et Carex humilis était particulièrement bien représentée dans ce milieu très héliophile, occupant les lisières de la buxaie.

Des espèces de l’Alysso-Sedion, colonisant les plages d’humus s’accumulant dans les replats entre les rochers, sont particulièrement bien représentées.

Sur le plateau au nord de la falaise, le bois de Marmont montre l’envahissement progressif de la buxaie par les espèces des forêts calcicoles, de type Querco-Carpinetum primuletosum. Ce sont des taillis bien fleuris au printemps, où la richesse floristique est particulièrement importante, principalement le long des lisières, des sentiers, etc.

A la lisière nord du bois de Marmont, sur schistes du Frasnien inférieur, quelques de pelouses de Mesobrometum montrent des traces très nettes de décalcification.

Les taillis du Querco-Carpinetum à sous-bois de buis se retrouvent un peu plus au nord d’une étroite bande de prairies artificielles (anciennes cultures sur les schistes du Frasnien inférieur).

Un vallon limite vers l’ouest le bois de Marmont. Il est profondément encaissé et montre une frênaie-érablière de ravin, riche en Tilia platyphyllos.

 

Intérêt floristique et phytogéographique

L’intérêt floristique et phytogéographique du bois et de la carrière de Marmont est considérable.

Nous trouvons au bois de Marmont une localité de Quercus pubescens, arbre très rare en Belgique où il atteint la limite septentrionale de son aire. C’est seulement en 1954 que cette station fut découverte, à une époque où cette espèce n’était connue que dans la région de Han-sur-Lesse (THILL 1964).

Au bois de Marmont, sont présents la Buxaie thermophile ainsi que l’association à Carex humilis et Geranium sanguineum. Il s’agit de deux groupements fréquemment liés à la Chênaie pubescente.

De nombreuses espèces atteignent à Romedenne la limite septentrionale de leur aire en Belgique. On pourra le contrôler facilement en se référant à l’atlas de la flore belge et luxembourgeoise (VAN ROMPEY et DELVOSALLE, 1979).

Une végétation thermophile très particulière forme donc ici un ilôt relictuel très isolé, assurant un relais dans les migrations végétales des espèces thermophiles entre le couloir mosan d’une part (tronçon Givet-Yvoir) et l’ilôt de la Montagne-aux-Buis et de la Roche-à-Lomme d’autre part. On peut ainsi souligner que ces migrations ont pu s’effectuer en dehors du réseau actuel des vallées.

L’étude approfondie de ce site révèle la présence d’une zone où la flore thermophile est représentée de façon optimale; à partir de ce noyau, on constate dans toutes les directions un appauvrissement extrèmement net et progressif en espèces thermophiles. Ce phénomène met bien en évidence que cette flore thermophile a un caractère relictuel affirmé. On peut dès lors en tirer la conclusion qu’elle n’est absolument pas en rapport avec le climat actuel et que seules des mesures conservatoires sont susceptibles d’en favoriser le maintien (règles de gestion).

On peut ainsi penser que les anciennes pratiques sylvicoles comme le régime du taillis à courte révolution et la traditionnelle coupe de Buis à Pâques ont permis de conserver le caractère thermophile de la station. (J.SAINTENOY-SIMON et J.DUVIGNEAUD).

 

Intérêt bryologique

L’intérêt bryologique du site a été particulièrement bien décrit et analysé par Mr et Mme Sotiaux et ce après de nombreuses visites sur le site.

Intérêt entomologique

Les orthoptères

Un nombre total de 16 espèces d’orthoptères a été relevé ces dernières années dans l’ancienne carrière située à proximité du cimetière de Romedenne. Il s’agit d’un site de grande valeur au niveau de notre pays. En effet, des sites comptabilisant plus de 15 espèces d’orthoptères ne sont pas courants en Belgique. En outre, l’ancienne carrière dispose de quelques espèces d’une valeur faunistique considérable (Gomphocerus rufus, Metriopera bicolor, …). Ces espèces méritent une attention particulière. En général, elles sont favorisées par un fauchage extensif. Néanmoins, il est important de laisser des zones de refuge non fauchées ou fauchées alternativement un an sur deux.(K. HOFMANS, CMV)

 

Les hyménoptères

Pour les hyménoptères, les conditions vont dans le même sens. On peut néanmoins souligner les points importants les concernant:

  • il faut des plantes méllifères. Par conséquent il ne faut jamais tout faucher en une seule fois;
  • il faut des espaces dénudés. Ce sont en effet des sites de nidification et/ou de chasse pour certains hyménoptères. Ces espaces sont offerts sur les flancs rocailleux exposés au sud. Il faut donc empêcher leur colonisation végétale intempestive;
  • certains hyménoptères nichent dans le bois mort (comme beaucoup d’autres insectes d’ailleurs). Il serait donc intéressant de laisser quelques tas de bois à l’abandon.(Y. BARBIER, Univ. de Mons)

 

Les rhopalocères (Th. DEWITTE):

De récents relevés, pourtant lacunaires, ont confirmé la présence d’espèces vulnérables:

  • Leptidea sinapis
  • Argynnis paphia
  • Clossiana dia
  • Melanargia galathea
  • Lasiommata maera
Intérêt herpétologique

Le site est fréquenté par la vipère. L’examen de la banque de données révèle même que c’est (avec Olloy, Vierves et Merlemont) l’un des seuls de la région où elle observée régulièrement. La gestion du site devrait à mon avis tenir compte de la vipère, notamment de ses exigences de tranquillité.

L’importance actuelle de la population de lézard des murailles mérite d’être évaluée.

La présence de la grenouille agile (Rana dalmatina) restant possible à proximité, il faut rester attentif lors de toute rencontre avec une grenouille « brune » faisant de grands bonds. (O. DECOCQ, CMV)

Un bel article existe aussi dans la revue Parcs Nationaux (bulletin trimestriel de l’association Ardenne et Gaume) Volume XLIX, 1994, fascicule 2, pp. 38-50.