Réserve Naturelle du Grand Ri

Dernière mise à jour : 21 mars 2016

Cette réserve est à présent sous la tutelle du DNF

Voir aussi SGIB n°1297

Commune: Philippeville Villers-en-Fagne
Superficie totale: 2ha 58a 30ca
Propriétaire: ville de Philippeville
Date de création: 1997

Historique

La colline du Grand Ri a été érigée en réserve naturelle en 1989 grâce à une convention d’une durée de 6 ans signée entre la commune de Philippeville et 3 associations, les Naturalistes de Philippeville, Education-Environnement et le Viroinval (Cercles des Naturalistes de Belgque). Depuis le 1er mars 1997, le site est à nouveau sous statut de protection suite à une convention de 9 ans signée entre la commune et Ardenne et Gaume.

Description

le site du Grand Ri s’étend à quelques kilomètres au sud-est de Philippeville, le long de la route reliant les villages de Villers-en-Fagne et Sart-en-Fagne. S’intégrant dans un paysage bocager typique de la plaine de la fagne schisteuse, il est constitué d’une petite colline boisée entourée de prairies et portant une étonnante mosaïque de végétations parmi lesquelles des pelouses siliceuses et calcicoles, des fourrés épineux, une chênaie-charmaie à orchidées, …

Mais le milieu le plus remarquable et le plus sensible de la réserve est constitué sans nul doute par les pelouses ouvertes sur schistes, dont plusieurs variantes sont représentées ici. Ces formations occupent les zones les plus ouvertes et arides, souvent là où la roche affleure; elles regroupent toute une collection de plantes miniatures qui supportent très mal la concurrence disparaissent très rapidement dès que le couvert herbacé se densifie. Il s’agit souvent d’espèces rares et localisées, telle par exemple la Cotonnière naine (Filago minima). L’un des principaux objectifs du plan de gestion du Grand Ri est d’ailleurs d’étendre la superficie de ces pelouses silicicoles afin de permettre une plus grande diversification floristique.

Milieu physique

La réserve du Grand Ri consiste en une petite colline située sur une légère pente orientée au sud descendant vers le ruisseau du Grand Ri, affluent de l’Hermeton. Dans sa partie septentrionale, le sol est constitué de calcaires frasniens recouverts de limons argileux. Vers le sud, les affleurements schisteux (Frasnien supérieur) sont très importants. Ceux-ci sont bien visibles sur le talus en bordure de la route. (texte d’après Duvigneaud et al., 1998)

Milieu biologique

De nombreuses associations végétales sont représentées sur la colline du Grand Ri. D’après Duvigneaud et al. (1998), les principaux groupements sont:

  • Une chênaie-charmaie calcicole, avec notamment Orchis mascula, Ligustrum vulgare, …Ce groupement est très dégradé par des coupes fréquentes et par le pâturage du gibier,
  • Un boisement riche en espèces nitrophiles (Sambucus nigra, Urtica dioica, Bryophytes diverses, …), colonisant une ancienne carrière de calcaire,
  • Des fourrés d’épineux dominés par Prunus spinosa (groupement des Prunetalia),
  • Une sarothamnaie à Cytisus scoparius, formation préforestière des sols acidifiés, généralement peu étendue et à durée de vie assez limitée, renfermant aussi Orobranche rapum-genistae,
  • Une pelouse calcicole mésophile, caractérisée par un tapis herbacé assez ras et ouvert dominé par Festuca lemanii, avec aussi Thymus pulegioides, Helianthenum nummularium, Potentilla neumanniana, … La représentation de Brachypodium pinnatum, souvent dominante sur les pelouses calcicoles, est ici très faible et réduite à une toute petite plage,
  • Une peloues acidiphile renfermant principalement Agrostis capillaris; il s’agit d’un groupement de composition floristique très proche de la lande à Calluna (cette dernière espèce étant néanmoins absente du site),
  • Une pelouse ouverte de l’Alysso-Sedion, colonisant les substrats calcaires dénudés; elle est composée d’orpins (Sedum acre, Sedum album et Sedum rupestre) et de petites espèces annuelles,
  • Un groupement du Thero-Airion occupant les zones schisteuses les plus ouvertes et sèches, avec Filago minima, Trifolium arvense, Scleranthus annuus, …
  • Un groupement du Violon caninae accupant des zones assez siliceuses et présentant un recouvrement relativement dense, avec notamment Danthonia decumbens, Viola canina, Potentilla argentea, Veronica officinalis, etc.
  • Des lisières forestières bien représentées, avec l’ourlet herbacé et le manteau arbustif qui constituent une zone de transition entre les pelouses ouvertes et boisements.

Règles de gestion de la Réserve naturelle du Grand Ri

(d’après J. Duvigneaud)

Le problème est toujours le même. Il faut admettre qu’une recolonisation forestière ou que l’extension forestière aboutiront inéluctablement à une régression de la flore et de la végétation comme à la disparition des espèces les plus rares du milieu, notamment les plantes de l’Alysso-Sedion et les espèces annuelles des pelouses ouvertes silicicoles.

Il faut pratiquer le débroussaillage et le fauchage dans la partie du site où les pelouses sont toujours présentes, même sur des surfaces restreintes. Les végétaux récépés seront par exemple incinérés sur place (mode d’exportation le plus facilement réalisable de nos jours, les cendres étant enlevées).

Néanmoins, une bande de fourrés et d’arbustes peut être maintenue à la lisière sud de la parcelle, contre la route, de manière à dissimuler les pelouses et à ne pas gêner les oiseaux ou le gibier qui sont présents dans le site.

Une entente avec les locataires de la chasse devrait être réalisee. Les chasseurs concourent eux aussi à limiter l’extension forestière et à maintenir en place le tracé de quelques sentiers ou pistes.

Le talus de la route est passé au gyrobroyeur, intervention regrettable dans des pelouses. D’une part les débris végétaux sont laissés sur place (il n’y a donc pas d’exportation). D’autre part le talus est rasé de près et de nombreuses espèces végétales ne fleurissent plus, régressent et finissent par disparaître. Dans pareil milieu, il ne faut pas pratiquer le fauchage tous les ans. De plus, ce fauchage doit être tardif. Le talus sera ainsi colonisé par des espèces à développement printanier.

Un document didactique pourrait être réalisé, à destination des habitants de l’entité. Il présenterait quelques espèces intéressantes du milieu, avant tout les arbres et les arbustes. L’évolution de la végétation serait expliquée, puis synthétisée dans un tableau.

Dans ce site, on ne trouve qu’une seule plage de Brachypodium pinnatum. Il faudrait piqueter soigneusement cette plage et vérifier si, au cours des années postérieures, il y aura avancée ou recul de cette plage à Brachypodium pinnatum. C’est l’occasion de vérifier le dynamisme de cette graminée au sujet de laquelle on ne dispose que de peu de renseignements, du moins à l’échelle du district mosan.

Des niches écologiques doivent être conservées à tout prix. Mentionnons par exemple la colonisation arbustive d’une ancienne carrière de calcaire frasnien, ou les parois calcaires sont envahies par des bryophytes rares et diversifiés et où la colonisation des troncs et branches de sureau noir par des bryophytes épiphytes y présente un intérêt exceptionnel.

Liste des espèces végétales et règles de gestion

(d’après G. Weyemberg)

Le site comprend quatre « clairières » dont les trois plus orientales ont été gérées depuis 1989 jusqu’en 1995 (débroussaillage des prunelliers pour éviter l’envahissement par la fruticée).

Quelques arbustes-perchoirs ont été maintenus ça et là. Les couloirs reliant les clairières ont été élargis. La gestion s’est opérée en mars (fin) ou novembre. La lisière inférieure et les fourrés de bas de pentes sont conservés comme écran (pesticides, engrais, incursions diverses). Il faut remarquer une action très importante des lapins (rajeunissement du site).

Apres la gestion, Orchis mascula est apparue dans le site.

Liste des espèces végétales observées au Grand-Ri entre 1989 et 1996:

Acinos arvensis, Arenaria serpyllifolia, Barbarea intermedia, Carex caryophyllea, Cerastium fontanum, Cerastium pumillum subsp glutinosum, Cerastium semidecandrum, Echium vulgare, Erodium cicutarium, Erophila verna, Euphorbia cyparissias, Festuca cf lemanii, Fragaria viridis, Galium cruciata, Galium verum, Genistella sagitallis, Geranium colombinum, Helianthemum nummularium, Hieracium pilosella, Hypericum perforatum, Koeleria macrantha, Lepidium campeste, Ligustrum vulgare, Luzula multiflora, Orchis mascula, Orobanche rapum genistae, Polygala vulgaris, Polygonum convolvulus, Potentilla argentea, Potentilla neumanniana, Prunus spinosa, Reseda luteola, Rosa canina, Sanguisorba minor, Scleranthus annuus, Sedum acre, Sedum album, Sedum reflexum, Thymus pulegioides, Veronica arvensis, Veronica officinalis, Viola hirta, Viola riviniana
pour en savoir plus : La colline du « Grand Ri » à Villers en Fagne (commune de Philippeville), une nouvelle réserve d’Ardenne et Gaume (J. Duvingeaud, J. Saintenoy-Simon, A. Sotiaux, O. Sotiaux avec la collaboration de Th. Dewitte et K. Hofmans extrait de: Parcs et Réserves Volume 53, n°4, p-p 16 à 22)