Réserve Naturelle de Cortil Wodon et Forville

Commune: Fernelmont
Superficie totale: 39ha 64a 81ca
Propriétaire: privé
Date de création: 1972
conservateur : L. de Montpellier
réserve accessible au public lors de promenades organisées uniquement

La fertilité de la Hesbaye est due aux limons qui la recouvrent et qui furent apportés par le vent au Pléistocène. C’est donc traditionnellement une région de cultures. Ici, il n’y a plus beaucoup de place pour les sites naturels ou semi-naturels: de vastes champs de céréales, de betteraves, de pommes de terre… s’étendent à perte de vue, entrecoupés par des chemins agricoles. De rares haies, quelques rideaux de peupliers, des galeries d’aulnes le long des ruisselets rompent la monotonie du paysage. Les fonds de vallons fangeux, soulignés, au printemps, par la floraison dorée des populages des marais, disparaissent les uns après les autres sous les remblais.

Pourtant, que les fermes dispersées dans la campagne sont belles! Leur disposition en carré, autour d’une large cour centrale, leurs pigeonniers, leurs tourelles défensives, leurs granges énormes en font des monuments précieux du patrimoine architectural wallon.

Parfois, elles occupent l’emplacement de très vieux “écarts” médiévaux. D’autre part, les bosquets et les fourrés dispersés dans les champs indiquent souvent l’emplacement de vestiges gallo-romains. Il est vrai que la région est traversée par une ancienne voie romaine très importante: la chaussée “Brunehaut” qui joignait Bavai à Cologne. Cette chaussée, construite au milieu du Ier siècle de notre ère, avait une grande importance stratégique. Elle fut fortifiée de manière à contenir les invasions germaniques qui eurent lieu au IIIe siècle. C’est ainsi que naquit la “frontière linguistique”. L’ancienne voie et ses diverticules sont jalonnés de tumuli, de fortins, de vici (petites bourgades) bien connus des archéologues. C’est ainsi qu’il y a quelques années de magnifiques fours de potiers furent exumés à Braives. Le souvenir de cette époque se maintient dans les toponymes “La Tombe, les Tombes, A la Tombale, champ de la Tombe”, etc. dispersés dans la campagne. A la croisée des chemins subsistent encore de jolies potales en calcaire ou d’humbles chapelles.

La réserve naturelle de Cortil-Wodon s’intègre bien dans ce cadre historique. En effet, une chapelle de briques au toit d’ardoises, dédiée à la Vierge, se dresse à l’entrée; deux tumuli maintenant arasés furent érigés dans le voisinage et les fermes qui l’entourent ont une origine très ancienne (le XIIIe siècle!). La réserve, qui se trouve au confluent du ruisseau du Petit Hoyoux et du ruisseau de Forville, a bien failli disparaître sous un dépôt d’immondices. C’est son rachat par l’actuel propriétaire qui l’a sauvée de ce triste sort.

Au sud-est de la réserve, le “Grand Marais” abrite une flore et une végétation très originales. Les vases portent une très belle population d’une graminée rare, la catabrose aquatique (Catabrosa aquatica), accompagnée de renoncule scélérate (Ranunculus sceleratus). Les suintements sont occupés par la petite berle (Berula erecta), l’ache faux-cresson (Apium nodiflorum), la véronique des ruisseaux (Veronica beccabunga), la menthe aquatique (Mentha aquatica), la laîche noire (Carex nigra), la renoncule flammette (Ranunculus flammula)… Mais la plus grande partie de ce vaste marais est formée d’une roselière à prêle des eaux (Equisetum fluviatile) qui abrite des nichées de bécassine des marais.

Au nord-ouest de la réserve, où alternent prairies et pièces d’eau, des travaux ont été réalisés récemment. Ils ont consisté principalement en la réfection de digues et au désenvasement de certaines pièces d’eau. Cette gestion a entraîné des modifications du tapis végétal dont l’évolution sera suivie. Une belle colonie d’Hottonia palustris occupe la mare la plus proche.

Les abords du ruisseau de Forville sont très humides et les espèces des mégaphorbiaies y poussent vigoureusement: reine des prés (Filipendula ulmaria), épilobe hérissé (Epilobium hirsutum), scrofulaire aquatique (Scrophularia auriculata)… mais aussi des peuplements de scirpe des bois (Scirpus sylvaticus) et un groupement à laîche distique (Carex disticha) et prêle des marais (Equisetum palustre), typique des zones humides de la région. Une rangée de saules, poussant de guingois le long de ce ruisseau, rappelle que ces arbres, naguère abondants en bordure des ruisseaux et des fossés hesbignons, sont en voie de disparition. Taillés en têtards, ils formaient des rideaux très fréquentés par les oiseaux et les petits mammifères qui trouvaient dans les troncs tourmentés et creux de précieux abris. Les fleurs, très riches en nectar, étaient visitées par les insectes, en particulier par les abeilles, qui trouvaient là une abondante provende, au sortir de l’hiver. Atteints par la maladie, arrachés pour des raisons de remembrement ou de facilité, brûlés par l’intérieur, ils ont disparu de bien des ruisselets pittoresques.

Le site est un lieu de reproduction très important pour les batraciens (salamandre, tritons alpestre, crêté et palmé, grenouilles rousse et verte, crapaud commun, etc.). Il héberge de nombreuses libellules. Les oiseaux y abondent. En plus de la bécassine des marais dont on peut entendre et voir, au printemps, le vol nuptial “ronflant”, le phragmite des joncs, le bruant des roseaux, le grèbe castagneux, le fuligule milouin peuvent y être observés.