Réserve Naturelle de Dourbes

Dernière mise à jour : 13 août 2017

Commune: Viroinval
Superficie totale: 201 ha 64 a 94 ca – localisation cartographique
Propriétaire: commune de Viroinval
Date de création: 1967
Réserve agréée par arrêté de l’Exécutif régional wallon du 14 février 2008
Conservateur : L. Woué et B. Clesse avec l’aide de P. Gohy
Réserve accessible au public

vue sur la boucle du Viroin depuis les ruines du château de Haute Roche à Dourbes, un paysage enchanteur Les pelouses calcicoles de la réserve de Dourbes font partie des célèbres pelouses sèches de la vallée du Viroin qui sont incluses dans les réserves biogénétiques européennes. Jacques Duvigneaud, hélas décédé, fut très longtemps Vice-président d’Ardenne & Gaume. On ne peut pas évoquer les réserves du Viroin sans avoir une pensée émue pour ce grand phytogéographe qui a tellement apprécié et étudié la flore et la végétation de cette région exceptionnelle.
La Roche à Lomme et la Montagne-aux-Buis (Tienne aux Pauquis) sont des zones noyaux de la zone de protection spéciale pour les oiseaux sauvages « Entre-Sambre-et-Meuse ». Ces sites sont repris dans le Patrimoine exceptionnel de Wallonie et dans le Réseau Natura 2000.La Roche à Lomme et la Montagne-aux-Buis sont, en outre, des sites classés depuis le 20 octobre 1947.

la chênaie-charmaie-buxaie calcicole est l'association forestière la mieux représentée dans la réserve naturelle de Dourbes ARDENNE & GAUME avait jusqu’en 1988 plus de 500 hectares de réserves naturelles dans la vallée du Viroin. Grâce à notre association, des sites superbes ont été préservés de toute atteinte destructrice pendant près de 30 ans. Les conventions passées en 1959 et 1962 avec les anciennes communes d’Olloy et de Nismes n’ont malheureusement pas été reconduites par le conseil communal de la nouvelle entité de Viroinval. Seule reste encore la réserve de Dourbes dont le contrat a été prolongé jusqu’en 2026.

l'érablière-tillaie de ravin à scolopendre présente au sein de la réserve naturelle de Dourbes occupe les versants exposés au nord, riches en éboulis calcaires, de la vallée du Viroin aux lieux-dits Walleu et Lineri La réserve de Dourbes se trouve en Calestienne. L’Eau Noire et l’Eau Blanche confluent au pied de la Roche à Lomme pour former le Viroin. Celui-ci, en s’enfonçant dans les calcaires, y a tracé un grand méandre orienté vers le nord-est. Les versants portent, suivant leur orientation et la raideur des pentes, des forêts de ravin à langue-de-cerf ou des forêts thermophiles à chênes et charmes. Les bas de pente sont occupés par des chênaies à charmes mésophiles, à scille à deux feuilles (Scilla bifolia). Dans la plaine alluviale, la forêt est très réduite mais, le long du Viroin, subsiste une forêt galerie très intéressante à orme lisse (Ulmus laevis) et gagée jaune (Gagea lutea).

 corniche rocheuse de la Montagne-aux-Buis avec sa buxaie thermophile et ses zones de pelouses xériques (xérobrometum), à l'arrière-plan : la Roche à Lomme La Montagne-aux-Buis est, comme son nom l’indique, envahie par des fourrés denses de buis. C’est là qu’existeraient encore des fragments de chênaie pubescente. Les tiennes calcaires présentaient jadis un aspect tout à fait différent de celui qu’ils montrent aujourd’hui. Ils avaient l’aspect « pelés », c’est-à-dire couverts de pelouses calcicoles assez rases pâturées par des troupeaux de moutons et de chèvres.

zone de transition entre la chênaie-charmaie-buxaie et la pelouse calcicole à la Montagne-aux-Buis ; en l'absence de gestion de la pelouse, c'est ce type de formation forestière qui occuperait rapidement le terrain Après l’abandon de cette exploitation agropastorale, dans la première moitié du 20e siècle, bien des tiennes furent reboisés en pins noirs d’Autriche qui les couronnent encore actuellement de leurs cimes sombres. Ailleurs, la recolonisation forestière débuta timidement puis s’accéléra au point de compromettre l’existence même des pelouses. Néanmoins, les pelouses calcicoles sèches et mésophiles sont encore nombreuses dans la région et leur intérêt est extraordinaire. Elles sont le pendant, dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, des célèbres sites de la région de Lesse et Lomme.

belles floraisons de véroniques couchées (Veronica prostrata subsp. scheereri), sur le rebord sud de la Montagne-aux-Buis ; à l'arrière-plan, la plaine de l'Eau Blanche, qui jouxte ce site remarquable Donner la liste des espèces végétales rares de cette réserve serait fastidieux. Mais citons néanmoins l’anémone pulsatille (Anemone pulsatilla), la véronique couchée (Veronica prostrata subsp. scheereri), le tabouret des montagnes (Thlaspi montanum), la cuscute du thym (Cuscuta epithymum), l’aster linosyris (Aster linosyris), le pâturin bulbeux (Poa bulbosa), le catapode rigide (Catapodium rigidum), la laitue vivace (Lactuca perennis) et, parmi les orchidées, le loroglosse ou orchis bouc (Himantoglossum hircinum), la gymnadénie moucheron (Gymnadenia conopsea), l’orchis pourpre (Orchis purpurea)…

la hêtraie calcicole à sous-bois de buis occupe encore certaines zones de la Montagne-aux-Buis, elle y constitue une forêt climacique L’avifaune y est diversifiée quoique essentiellement forestière (pic noir, pipit des arbres et nombreux rapaces : buse variable, bondrée apivore, faucon crécerelle, épervier d’Europe, autour des palombes… ) ; on peut même y citer deux espèces accidentelles observées en 1996 : fauvette mélanocéphale et accenteur alpin. Ces deux données, même si elles ont un caractère tout à fait exceptionnel, témoignent de conditions mésoclimatiques et topographiques tout à fait originales propres à la Montagne-aux-Buis et à la Roche à Lomme.
L’herpétofaune rassemble la couleuvre coronelle, la couleuvre à collier, la vipère péliade, le lézard des murailles, le lézard vivipare et l’orvet fragile.

le rebord sud de la Montagne-aux-Buis vu depuis la plaine de l'Eau Blanche ; une buxaie dense a longtemps occupé le versant rocheux, que l'on voit maintenant dégagé pour le plus grand bonheur des espèces thermophiles L’intérêt entomologique est exceptionnel. La Roche à Lomme et la Montagne-aux-Buis constituent des sites majeurs pour la Wallonie avec de très nombreuses espèces rares de Lépidoptères, Orthoptères, Hétéroptères. Par exemple, Oedipoda germanica (Orthoptères Acridides) occupe ici la seule station belge, probablement la plus septentrionale d’Europe (d’après HOFMANS et DELESCAILLE 1991).
Enfin, il faut souligner l’intérêt mycologique exceptionnel de la Montagne-aux-Buis, site très recherché par les mycologues pour sa richesse en espèces calcicoles et thermophiles, dont le bolet satan (Boletus satanas) et l’amanite épineuse (Amanita echinocephala) ainsi que notamment de nombreux cortinaires.

la Roche à Lomme qui domine l'ancienne tannerie Houben (arrière-plan) est un véritable paradis pour le botaniste, l'entomologiste, le promeneur et l'archéologue réputé La préhistoire et l’histoire de la région sont riches d’enseignements. La vallée du Viroin a été occupée par l’homme depuis la nuit des temps : des vestiges du Néolithique ont été découverts à la Roche à Lomme ; une forteresse aduatique aurait existé aux Abannets, aux lieux-dits Linnery (ou Lineri) et Par delà l’Eau, large colline située dans le grand méandre décrit par le Viroin ; les vestiges gallo-romains sont nombreux. Les ruines du château de Haute Roche dominent la vallée du Viroin. Cette forteresse médiévale, construite au Xe siècle, fut détruite en 1554 par le connétable Anne de Montmorency.

Gestion : Au début des années 80, Ardenne & Gaume a confié la gestion de ses réserves du Viroin au Centre Marie-Victorin de Vierves (Cercles des Naturalistes de Belgique).

Récemment, ces réserves ont fait l’objet d’un projet LIFE. Actuellement, la gestion mécanique, et par pâturage, se poursuit par le personnel d’Ardenne & Gaume avec l’aide du Centre Marie-Victorin.