Sommaire
Page 3 – Éditorial – par W. Delvingt
Page 5 – Le Service de la Pêche à la croisée des chemins – par X. Rollin
Page 11 – La politique des rempoissonnements du Service de la Pêche – par X. Rollin
Page 23 – Les piscicultures régionales du Service de la Pêche : vers des conservatoires de la biodiversité aquatique – par X. Rollin
Page 31 – La salmoniculture régionale d’Erezée : premier bilan après 2 ans – par X. Rollin et Y. Neus
Page 39 – Premier succès de reconditionnement de trois saumons atlantiques sauvages à la salmoniculture régionale d’Erezée – par Y. Neus, D. Gilson et X. Rollin
À découvrir dans ce numéro
La mémoire vive des rivières : trente-cinq ans au chevet des poissons wallons
Créé en 1981 par la volonté des pêcheurs pour lutter contre les pollutions dévastatrices, le Service de la Pêche de Wallonie a vu ses missions radicalement évoluer. Discret mais essentiel, il est passé de la répression à l’expertise technique, devenant l’un des garants de la qualité écologique de nos cours d’eau. Aujourd’hui, entre avis préventifs sur les travaux, contrôle des rempoissonnements, gestion de piscicultures pour espèces menacées (saumon, ombre) et lutte contre un braconnage en hausse, ce petit service d’experts se trouve à la croisée des chemins. Confronté au vieillissement de ses agents et à la baisse du nombre de pêcheurs, son histoire pose une question cruciale : quelle place voulons-nous accorder à la vie aquatique dans nos rivières ?
Quand les rempoissonnements fragilisent nos rivières
Pendant plus d’un siècle, déverser des poissons dans les rivières wallonnes fut considéré comme LA solution miracle pour contrer les pollutions et satisfaire les pêcheurs. Mais cette pratique a glissé insensiblement d’une logique de restauration écologique vers une simple « pêche en batterie ». Pire : les récentes analyses génétiques révèlent un effet pervers. En noyant les populations sauvages sous des millions de truites d’élevage génétiquement différentes, nous avons affaibli la résistance naturelle de nos rivières. Aujourd’hui, le Service de la Pêche opère un virage radical : privilégier la qualité des habitats et des souches locales plutôt que la quantité de poissons déversés, pour que la truite de nos rivières reste vraiment… de nos rivières.
Achouffe, l’autre breuvage : la pisciculture wallonne change de recette
Nichée au cœur de l’Ardenne, la pisciculture d’Achouffe produit des truites depuis 1937. Mais après des décennies à déverser des milliers d’alevins dans les rivières, le constat scientifique est tombé, implacable : ces poissons d’élevage, même issus de souches sauvages, affaiblissaient génétiquement les populations indigènes. Face à cet échec silencieux, le Service de la Pêche opère une révolution. Fini la logique productiviste : les trois piscicultures régionales (Achouffe, Emptinne, Erezée) se muent en conservatoires de la biodiversité aquatique. L’objectif n’est plus de « remplir » les rivières, mais de préserver le patrimoine génétique unique de nos truites, ombres et saumons. Un virage à 180 degrés qui réinvente le lien entre l’homme et ses rivières.
Erezée, la maternité des rivières : le saumon retrouve la Meuse
Disparu de la Meuse vers 1930, le saumon atlantique reprend vie à Erezée. Dans l’une des piscicultures les plus modernes d’Europe, le Service de la Pêche wallon produit chaque année des centaines de milliers de jeunes saumons issus de souches sauvages. Après deux ans, les objectifs sont déjà dépassés : 240 000 tacons déversés, des géniteurs revalidés pour une seconde reproduction (une première en Belgique) et des techniques d’élevage révolutionnées. Bien plus qu’une pisciculture, Erezée est un conservatoire aquatique qui rend aux rivières ce que l’homme leur a pris.
Le retour des héros : trois saumons sauvages défient la mort pour renaître
Ils ont remonté la Meuse, franchi des obstacles, survécu à l’épuisement et à la reproduction. Dans la nature, ils seraient morts. Mais à la salmoniculture d’Erezée, trois saumons atlantiques sauvages ont vécu un miracle : pour la première fois en Belgique, des techniciens leur ont réappris à se nourrir, soignant leurs blessures, les reconditionnant pendant des mois. Résultat ? Deux femelles, après avoir donné 11.000 œufs en 2010, en ont produit près de 15.000 supplémentaires en 2011. Une prouesse zootechnique qui préserve le patrimoine génétique unique de ces « héros » et donne un coup d’accélérateur décisif au programme de réintroduction du saumon en Wallonie.