Parcs & Réserves – Volume 67 – Fascicules 2-3 – 2012

L’agriculture wallonne amorce sa révolution verte pour que les fermes deviennent des sanctuaires de biodiversité.

Sommaire

Page 3 – Éditorial – par W. Delvingt
Page 5 – Agriculture, Biodiversité et Agro – environnement en Wallonie – par A. Le Roi, C. Mulders et T. Walot
Page 9 – La politique agricole wallonne : plus « verte » qu’on ne le pense souvent ! 1. Eligibilité des surfaces agricoles aux aides PAC du 1er pilier : de très belles avancées – par M. de Tillesse
Page 13 – La politique agricole wallonne : plus « verte » qu’on ne le pense souvent ! 2. Protection et gestion des petits éléments de l’habitat : les progrès de la conditionnalité – par M. de Tillesse
Page 18 – La conservation des messicoles dans le cadre du Programme Agroenvironnemental Wallon – par J. Piqueray, V. Gilliaux et G. Mahy
Page 23 – Prairies, biodiversité et agro-environnement – par S. Rouxhet, S. Demeter, A. Le Roi et T. Walot
Page 29 – Gestion des milieux naturels par le pâturage, quelles actions mettre en place pour préserver la biodiversité de nos prairies ? – par C. Richard et B. Losson
Page 34 – Les méthodes agroenvironnementales en faveur de l’avifaune des plaines : pourquoi ? Comment ? – par A. Delalieux, C. Manssens M. de Tillesse et L. Saad
Page 40 – Suivi des populations de Rhopalocères dans les bandes fleuries semées par les exploitants agricoles dans le cadre des méthodes agro-environnementales en Wallonie – par C. Dopagne

À découvrir dans ce numéro

L’or vert de la terre wallonne : quand l’agriculture apprend à nourrir la biodiversité

L’agriculture façonne près de la moitié de la Wallonie. Après un siècle d’intensification ayant fragilisé nature et paysages, un virage s’opère : grâce aux mesures agro-environnementales, plus de la moitié des fermes wallonnes s’engagent volontairement pour préserver haies, prairies riches en orchidées et bandes cultivées accueillant oiseaux et papillons. Ici, l’agriculteur devient jardinier de biodiversité, rémunéré pour les services écologiques qu’il rend à la société.

Le vert est dans le pré : quand la PAC réconcilie agriculture et nature

Contrairement aux idées reçues, la Politique Agricole Commune offre aujourd’hui une grande souplesse aux agriculteurs wallons pour préserver la biodiversité. Haies, mares, fossés, arbres isolés : ces « petits éléments » du paysage, essentiels à la faune sauvage, peuvent désormais être conservés sans pénalité financière. Pourtant, ils n’occupent plus que 3 à 4 % des terres en région limoneuse, et des espèces comme la perdrix grise ou le bruant proyer déclinent dramatiquement. L’enjeu est désormais culturel : encourager chaque ferme à maintenir un seuil minimum de surfaces dédiées à la nature, comme l’ont déjà fait la Suisse ou l’Autriche. Un virage financièrement soutenable, écologiquement indispensable.

Oasis au milieu des plaines : la conditionnalité protège les refuges de la nature

Haies, talus, fossés, mares, arbres isolés : ces « petits éléments » du paysage agricole ne couvrent plus que 3 % des plaines wallonnes, mais leur rôle de refuge pour la biodiversité est vital. Grâce à la conditionnalité des aides PAC, leur destruction est désormais interdite, et leur gestion encadrée. Bordures de champs préservées, haies indigènes protégées, fossés maintenus : le cadre progresse. Pourtant, des lacunes subsistent : protection insuffisante des berges, absence de cartographie des voiries publiques, zones humides oubliées. Un pas important a été franchi, mais la Wallonie peut encore mieux faire pour que ces « oasis » ne deviennent pas les dernières traces d’une nature en voie de disparition.

Les rescapées des moissons : sauver les fleurs oubliées des plaines wallonnes

Bleuet, coquelicot, chrysanthème des moissons : sur 119 espèces de plantes des champs en Wallonie, 77 sont menacées ou ont disparu. Face à cette hécatombe silencieuse, des bandes de conservation sont installées dans les plaines agricoles, là où survivent encore les dernières populations spontanées. Résultat : huit espèces de la liste rouge préservées, dont certaines qu’on croyait perdues. Un outil fragile mais efficace, qui repose sur un appel aux naturalistes : signaler les dernières stations pour que l’agriculteur puisse les protéger.

Les prairies wallonnes redeviennent des écrins de biodiversité

Prairies maigres, humides ou de fauche : ces milieux menacés abritent une biodiversité exceptionnelle. En Wallonie, 20 000 hectares sont gérés via des mesures agroenvironnementales volontaires. Objectif : concilier élevage et conservation grâce à des fauches tardives et un pâturage extensif. Résultat : 5 000 hectares de « prairies de haute valeur biologique » préservés, refuges d’orchidées rares, d’oiseaux des prés et de libellules protégées. La preuve que l’agriculteur peut être jardinier de nature.

La bouse, un trésor de biodiversité : repenser les antiparasitaires pour sauver les prairies

Sous nos pieds, dans les prairies, un monde invisible s’active : insectes coprophages, coléoptères, diptères, qui décomposent les bouses, enrichissent le sol et nourrissent oiseaux et chauves-souris. Mais les traitements antiparasitaires massifs, notamment les avermectines, contaminent les excréments et déciment cette faune essentielle. En zones Natura 2000 et prairies de haute valeur biologique, l’enjeu est critique : le Grand rhinolophe, par exemple, dépend d’un unique bousier pour survivre avant l’hiver. Face à ce constat, des solutions existent : diagnostics ciblés, traitements raisonnés, molécules moins toxiques. Un dialogue s’impose entre éleveurs, vétérinaires et naturalistes pour que la santé du troupeau ne se fasse plus au détriment de celle de l’écosystème.

Les bandes aménagées réconcilient plaines agricoles et oiseaux des champs

Perdrix grise, alouette des champs, bruant proyer : ces oiseaux autrefois communs disparaissent de nos plaines agricoles. L’intensification, l’agrandissement des parcelles et la suppression des haies les ont privés de nourriture et de refuges. Face à ce déclin, les mesures agroenvironnementales proposent une solution : des bandes aménagées de 3 à 21 mètres, semées de mélanges nourriciers (céréales, tournesol, radis) ou de hautes herbes pérennes, recréent un maillage d’oasis au sein des cultures. Résultat cet hiver à Sart-Risbart : 200 linottes, 250 verdiers, busards, hiboux des marais et faucons émerillons fréquentent ces refuges. La preuve que quelques mètres de bordures bien pensées peuvent redonner vie à nos campagnes.

Myrtils, azurés et petites tortues, ces rhopalocères qui retrouvent leurs plaines

Bleuets, coquelicots, marguerites : semées par les agriculteurs, les bandes fleuries attirent bien plus que les regards. Sur 1590 km, 45 espèces de rhopalocères ont été recensées, dont le Myrtil, l’Azuré de la bugrane et la Petite tortue. Nectar pour les adultes, plantes hôtes pour les chenilles : ces bandes recréent un réseau vital au cœur des plaines. À condition de les préserver des pesticides et de garder une bande refuge non fauchée. La preuve que l’agriculture peut semer de la vie.