Sommaire
Page 1 – Éditorial – par W. Delvingt
Page 2 – La gestion conservatoire des pelouses sèches par le pâturage ovin – Aspects théoriques et pratiques – L.-M. Delescaille
Page 10 – Le retour des moutons sur les tiennes calcaires de Viroinval… un an déjà – T. Dewitte
Page 18 – L’Ardenne, berceau du cheval ardennais – G. Mees
Page 27 – D’un mulot à l’autre : les phénomènes de recolonisation postglaciaire de l’Europe vus au travers des gènes – R. Libos et J. Molaux
•Page 31 – Concilier conservation de la faune sauvage et production intensive : l’exemple des fermes alentour du mont Kenya – C. Vermeulen
À découvrir dans ce numéro
La Dent Douce des Brebis
Sur les pelouses calcaires menacées par les ronces et les buissons, une alternative douce se profile au bourdonnement des débroussailleuses : le troupeau. Moutons et chèvres, en brouteurs patients, restaurent la mosaïque des milieux, leur passage créant des clairières où la lumière fait éclore les fleurs rares. Au-delà de l’économie, c’est tout un cortège d’insectes, d’oiseaux et de plantes qui revit dans leur sillage. Mais guider ces tondeuses vivantes est un art subtil : choisir la race rustique, ajuster la charge, observer le prélèvement, respecter le rythme des saisons. Dans le Viroin comme à Resteigne, l’aventure pastorale réinvente le lien ancestral entre l’homme, l’animal et la terre.
Né des Terres Rudes
L’Ardenne n’est pas qu’un paysage de forêts et de plateaux ; elle est une forge. Sous les pluies et les neiges, sur les schistes et les grès, s’est façonné un cheval à la mesure de sa rudesse. Le cheval ardennais, trapu, puissant, au jarret solide, doit sa vigueur aux pentes escarpées, sa rusticité aux hivers rigoureux, sa sobriété aux terres pauvres. Il est l’enfant de cette terre silencieuse, modelé par ses vallées encaissées et ses microclimats rudes. Aujourd’hui, ce géant au cœur doux, qui porta guerriers et laboureurs, se fait mémoire vivante d’un monde où l’homme et l’animal marchaient d’un même pas sur les crêtes ardennaises.
Les Chemins Cachés du Mulot
Sous les frondaisons d’Europe, le mulot sylvestre voyage, mais ses gènes, eux, racontent une autre histoire. Celle d’un continent pris dans les glaces, où la vie se réfugiait dans les péninsules du sud. Lorsque les glaces se retirèrent, les petits rongeurs reprirent la route vers le nord, portant dans leur ADN le souvenir de leurs refuges : Ibérie, Italie, Balkans. L’étude fine de leur patrimoine génétique révèle ces migrations millénaires, ces lignées qui se séparent, se mêlent, s’isolent. Le mulot devient alors un livre ouvert sur les grandes oscillations climatiques et la lente recomposition de la biodiversité européenne. Une leçon pour aujourd’hui : préserver les gènes, c’est préserver l’histoire vivante du vivant.