Parcs & Réserves – Volume 55 – Fascicule 2 – 2000

Gestion des prairies, bois de Mossia à Revogne, protection du bouquetin des Alpes, usage forestier en forêt de Chiny, chasse en forêt camerounaise.

Sommaire

Page 1 – In memoriam : Monsieur Noirfalise aux champs… – par Jacqueline Saintenoy-Simon
Page 2 – Considérations sur la gestion conservatoire des écosystèmes prairiaux dans les réserves naturelles – par L.-M. Delescaille
Page 11 – Le bois de Mossia à Revogne – par J. Duvigneaud et J. Saintenoy-Simon
Page 13 – Expérience de gestion par radio-surveillance du bouquetin des Alpes (Capra ibex ibex) en vallée d’Aoste – par P.-F. Bertieaux
Page 21 – Les anciens usages de la grande forêt de Chiny – par Fred Leroy
Page 25 – Ces villes qui mangent la forêt tropicale : Comment prendre en compte le développement des sites forestiers industriels, leur incidence sur les sociétés humaines et la biodiversité des forêts denses humides au Cameroun ? – par P. Auzel

À découvrir dans ce numéro

Les écosystèmes prairiaux

L’abandon de certaines pratiques agricoles et pastorales a eu comme conséquences le reboisement de nombreuses prairies (surtout humides) et la disparition des plantes héliophiles. La mise en réserves naturelles de ces prairies n’est pas suffisante : il faut gérer ! Les méthodes de gestion adaptées pour ces écosystèmes possèdent chacune avantages et inconvénients. Le fauchage est favorable aux plantes vivaces (qui peuvent repousser rapidement) et aux espèces annuelles qui peuvent accomplir leur cycle de reproduction avant ou après la fauche. Mais cette action entraîne une pauvreté de l’entomofaune. De plus, les résultats sont parfois décevants (réapparition des espèces indésirables, difficulté du maintien des résultats sur la durée…). Le gyrobroyage consiste à réduire la végétation herbacée et/ou ligneuse en menus copeaux laissés sur place. Cela favorise la minéralisation du sol, utile dans des lieux très dégradés. Perturbante pour la faune, cette technique doit être employée avec circonspection. Enfin, le pâturage privilégie les plantes qui ont développé des stratégies d’évitement (bourgeons situés près du sol, tiges rampantes, feuilles piquantes…) ou de tolérance (croissance végétale augmentée après le broutage). Mais pour un bon résultat, ce pâturage doit rester extensif et sans intrants extérieurs. Le pâturage temporaire ou en rotation est également possible et permet un retrait des sites pendant certaines périodes critiques (floraison, hiver…).

Le bouquetin

Le bouquetin des Alpes est caractérisé par son dimorphisme sexuel prononcé, visible particulièrement par la taille des cornes. Longues parfois d’un mètre chez le mâle, elles constituaient pour le chasseur un superbe trophée. Au début du 19e siècle, une seule population d’une centaine d’individus subsistait encore au Grand Paradis. Devenu en 1821 réserve intégrale à l’instigation de la Maison de Savoie, les populations de bouquetins se sont reconstituées peu à peu. L’effectif actuel de +/- 28 000 individus est issu de ce noyau. Les bouquetins sont des animaux grégaires, selon des classes bien définies : les mâles ensemble, les jeunes mâles (2 à 5 ans) non encore intégrés au groupe précédent, les femelles avec leurs jeunes, et des groupes mixtes, uniquement pendant la période du rut, en décembre et janvier.

Le bouquetin a peu de prédateurs naturels. En Suisse, la surpopulation qui en a découlé a provoqué divers dommages à l’environnement. C’est pourquoi, depuis 1977, ce pays effectue une régulation des effectifs par une chasse de sélection. Pour une meilleure connaissance de l’écologie de ces animaux, le Corps Forestier de la Région Autonome de la Vallée d’Aoste a doté 9 mâles de colliers émetteurs. Le contrôle de la position des animaux par radio-surveillance se fait au sol ou par voie aérienne toutes les deux semaines. Le repérage de l’individu permet le comptage du groupe dans lequel il se trouve ainsi que le parcours effectué sur 15 jours. Toutes ces observations permettront d’établir une cartographie complète des effectifs de bouquetins dans la vallée d’Aoste, pour une meilleure gestion du site.

La forêt de Chiny

En forêt de Chiny, depuis longtemps, existaient des droits d’usage. Les droits en bois, avec l’affouage (= bois de chauffage) a été introduit par la loi du 26 nivôse an II ; le droit d’écorçage, rappelé par un arrêt du Conseil du Roi en 1672, était important pour la pratique du tannage du cuir ; le marronnage était utile pour diverses réalisations en bois (clôtures, timons…). Les droits de parcours comprenaient le pâturage, admis après la coupe pendant une période de 3 à 7 ans ; le pacage était réservé aux porcs ainsi que le droit de glandée (du début octobre à la Chandeleur). Et enfin les droits d’agriculture, avec l’essartage à feu courant, pratiqué après une coupe, produisant une couche de cendre permettant le semis du seigle ; l’essartage à feu couvert consistait en la confection de fourneaux coniques faits de terre séchée, dans lesquels on entassait mousses et feuilles. Le résidu était répandu sur le sol et servait également à la culture du seigle ; l’écobuage proche de la pratique précédente, convenait mieux aux terres argileuses ; le débochage enfin permettait la transformation en terrain de cultures toutes terres en friche selon différentes méthodes.

Ces villes qui mangent la forêt tropicale

L’exploitation forestière augmente fortement au Cameroun. La production de bois tropicaux était de 3,3 millions de mètres cubes en 1997. La nouvelle politique forestière en faveur d’une transformation locale des grumes exploitées a favorisé l’installation de sites forestiers industriels. Ces « villes qui mangent la forêt » ont engendré une forte dégradation de la faune sauvage. Cette dernière, par le biais de la chasse, fournit la nourriture protéinée aux populations nouvellement installées, ainsi qu’aux villes proches, fort demandeuses de ce type de viande. On observe dès lors des extinctions d’espèces localement.