Parcs & Réserves – Volume 73 – Fascicule 3 – 2018

Découverte de la réserve naturelle du Vague des Gomhets, autocritique sur l'apiculture par Guillaume Lemoine.

Sommaire

Page 3 – Éditorial – par J.-L. Renneson
Page 4 – Le Vague des Gomhets : perle de l’Ardenne méridionale – par J.-L. Renneson
Page 18 – Le « Vague des Gomhets », une réserve naturelle d’Ardenne & Gaume aux potentialités insoupçonnées… – par B. Classe
Page 27 – Ne serions-nous pas un peu responsables de nos malheurs ? – par G. Lemoine
Page 31 – La vie de l’association

À découvrir dans ce numéro

Là où l’Ardenne respire encore

Au creux de la grande forêt de Chiny, là où les ruisselets murmurent et où les brumes s’attardent, le Vague des Gomhets s’ignore. C’est une clairière ancienne, née des troupeaux et des forges d’autrefois, que l’abandon a rendue à sa lenteur. Ici, l’eau est pauvre, presque vierge, et les herbes acides dominent. Un micro-climat rude, des gelées tardives, un sol ingrat où tout ici résiste à la hâte du monde. Les orchidées y sont discrètes, l’airelle rouge y tient une station unique, et les papillons rares, comme le nacré de la bistorte, y trouvent un ultime refuge. Quelques bouleaux tentent de pousser, mais les cervidés et le froid les rappellent à l’ordre. Pour garder ce coin d’Ardenne sauvage, il suffit de ne pas en faire trop : faucher un peu, ralentir l’arbre, et écouter l’eau qui coule. Pureté, solitude, patience.

Le sanctuaire caché des sources acides

Le Vague des Gomhets déroule une clairière secrète que les siècles ont préservée. L’eau y coule neutre et pauvre, les sphaignes tapissent les bas-marais, et des buttes étranges (vestiges d’un ancien orpaillage) parsèment les ruisseaux. Ici, le bois mort est roi, laissé sur place pour que la lente décomposition fasse son œuvre. Sous les bouleaux et les vieux épicéas, un peuple discret de champignons rares, de lichens témoins d’un air pur, et d’oiseaux migrateurs s’abrite. Ses 29 hectares recèlent encore des merveilles que les mycologues n’ont pas fini d’inventorier. Une terre d’émotion plus que de démonstration, où chaque visiteur peut sentir, sans avoir besoin de tout nommer, la puissance silencieuse d’une nature qui se suffit à elle-même.

L’abeille miroir

On accuse les pesticides, l’agriculture intensive, la disparition des fleurs. Tout cela est vrai. Mais si nous regardions aussi du côté de nos propres ruches ? Depuis un siècle, l’apiculture s’est industrialisée, même chez les amateurs. On a importé des abeilles plus productives, plus douces, mais moins rustiques. On les nourrit de sirops, on les déplace, on sélectionne, on contraint. Le varroa n’est pas tombé du ciel : l’homme l’a transporté. Et quand une Abeille noire, plus frugale, tente de survivre à l’état sauvage, on détruit ses essaims par peur de la contamination. L’apiculteur est devenu un agriculteur, non plus un « gardien des abeilles ». Si nous passions d’une apiculture de rendement à une « slow apiculture », respectueuse des souches locales, moins interventionniste, plus humble ? L’abeille n’est pas un animal domestique comme un autre. Elle nous tend un miroir. Dedans, peut-être, notre besoin de tout maîtriser, de tout produire, de tout contrôler… jusqu’à tuer ce que l’on prétend aimer.