
2025, la situation hydrique en Iran, notamment à Téhéran, est extrêmement préoccupante. La capitale approche du « Jour Zéro » où il n’y aura bientôt plus du tout d’eau au robinet, pour 14 millions d’habitants. La ville (qui par ailleurs s’affaisse à une vitesse vertigineuse en raison du surpompage des nappes souterraines) pourrait avoir franchi un point de bascule irréversible. Le Président du pays parle sérieusement de « déménager la capitale », manoeuvre hasardeuse qui en tout état de cause ne résoudra pas le fond du problème.
Les causes de ce désastre sont connues : mauvaise gestion de la ressource par l’agriculture, corruption, croissance démographique, urbanisation, imperméabilisation des sols, déforestation… Et le changement climatique n’arrange nullement l’affaire : la ville fait face à une pression croissante sur des ressources en eau déjà fragilisées, aggravée par la baisse des précipitations, la diminution du manteau neigeux et la hausse des températures, qui rendent les apports fluviaux plus incertains et insuffisants. Comme on le constate dans cet exemple extrême, et il est loin d’être le seul, les effets dérégulateurs d’origine humaine ont un impact considérable, avec effets en cascade, sur une ressource d’origine naturelle aussi vitale que l’eau douce.
Les principales crises environnementales mondiales s’aggravent, se renforcent mutuellement et doivent être résolues de manière conjointe, ce qui éviterait des millions de morts et, argument non négligeable, rapporterait gros sur le plan économique, souligne le dernier rapport sur l’environnement mondial (GEO-7) du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
Plus le temps passe, plus on mesure l’urgence de prendre en compte les apports bénéfiques de la nature, à tous les niveaux de pouvoir. La manière dont le monde politique répond à ces enjeux colossaux ne présage hélas rien de bon : la droite s’est alliée avec l’extrême droite pour vider de sa substance le Pacte vert pour l’Europe (European Green Deal) proposé par la Commission européenne en décembre 2019. On parle même de réautoriser de manière définitive certains pesticides ! Comme cela est bien décrit dans Greenbacklash : Qui veut la peau de l’écologie ? (Éditions Seuil, 2025), nous constatons un véritable phénomène d’anti-écologie au niveau planétaire.
À l’échelle locale, les décisions malheureuses prises par des élu.e.s sans conscience montrent là aussi qu’il reste un énorme travail d’éducation à l’environnement à réaliser. Cette fin d’année, l’échevine des espaces verts de la Ville de Bruxelles a réussi l’exploit d’autoriser la coupe au ras du sol de tous les arbres du piétonnier du boulevard Anspach. Ils ne devront désormais plus dépasser 1,5 m. Avec, en sus, la plantation de milliers de cotonéasters à la place d’une végétation basse variée et d’aspect plus naturel.
Après quelques années, preuve que l’on peut évoluer dans la bonne direction, l’endroit était en passe de devenir un des plus beaux exemples de végétalisation urbaine (voir l’illustration ci-haut) en Europe : ombrage, fraîcheur, retour de la biodiversité, captage de CO2, production d’oxygène et plaisir d’y flâner. Des services écosystémiques de régulation, culturels et de soutien pour atténuer idéalement les effets des prochaines canicules et favoriser la convivialité. Une simple coupe légère de branches basses aurait suffi, mais le saccage a eu lieu au grand dam des professionnels de l’écologie urbaine, car il fallait libérer le champ de vision des caméras de la police ! Nous mourrons donc séchés sur du minéral à 60°C le jour et étouffés par la chaleur de la nuit, mais en live au commissariat du coin !
Comme vous pouvez le constater, l’éducation à la nature et à ses bienfaits est encore un travail de longue haleine. On parle souvent de la nature comme d’un décor ou d’une ressource, mais on oublie qu’elle travaille pour nous chaque jour. Elle nous nourrit, nous protège des excès du climat, purifie l’air et l’eau, pollinise nos cultures et apaise nos esprits. Ces contributions, gratuites et essentielles, sont pourtant invisibles tant qu’elles fonctionnent. Les reconnaître, c’est comprendre que préserver la nature n’est pas un luxe écologique, mais une condition de notre avenir commun. Ce n’est plus seulement une question scientifique, mais aussi politique et morale.
En cette nouvelle année 2026, tout le personnel d’Ardenne & Gaume vous souhaite ses meilleurs voeux et vous encourage plus que jamais à protéger la nature, y compris dans les endroits les plus improbables. En ces temps difficiles pour les associations, n’hésitez pas à encourager vos proches et vos ami.e.s à nous soutenir en devant membre !
Cet article est l’édito des Carnets des Espaces Naturels N°27.
Crédit photo : Septembre 2024, le boulevard Anspach à Bruxelles comme on ne le verra plus… © Christophe Danaux