Parcs & Réserves – Volume 74 – Fascicule 2 – 2019

La mante religieuse, restauration de l’Illé, le grand coq de bruyère et l’homme, enquête punaises invasives, observations intéressantes dans nos réserves.

Sommaire

Page 3 – Éditorial – par J.-L. Renneson
Page 4 – La mante religieuse – par J.-L. Renneson
Page 8 – La restauration des marais de l’Illé à Étalle – par M. Ameels
Page 15 – Le Grand Coq de bruyère et l’homme – par G. Lemoine
Page 24 – Rhaphigaster nebulosa (Poda, 1761) et Halyomorpha halys (Stål, 1855) (Heteroptera : Pentatomidae), deux espèces d’arrivée récente en Belgique, mais pour des raisons différentes – par S. Claerebout et J. Soors
Page 37 – Notes Brèves
Page 38 – La vie de l’association

À découvrir dans ce numéro​

La nonne carnassière

Elle prie, mais elle tue. La mante religieuse, avec ses pattes jointes en faux-semblant, est un prédateur impitoyable capable de décapiter son partenaire, parfois, quand la faim lui parle plus fort que l’amour. Verte ou brune, figée dans son mimétisme, elle échappe au regard pressé. On la trouve surtout à Torgny, dans le microclimat chaud de la réserve Raymond Mayné, où elle résiste depuis plus d’un siècle. Quelques colonies remontent désormais vers le Viroin, le Grand-Duché, la Lorraine française, signes discrets d’un réchauffement qui lui offre du terrain. La mante reste une étrangère méridionale, mais l’air se radoucit, et ses oothèques passent l’hiver un peu plus au nord chaque année. Une guerrière fragile, à observer sans la déranger.

L’Illé, le marais ressuscité

Au XVIIe siècle, l’Illé était un grand étang de 65 hectares. Puis l’envasement l’a tué. On a planté des épicéas, creusé des drains. Le marais a disparu sous les arbres. En 2015, on a osé le réveiller : nouvelle digue, vannes pour contrôler l’eau, hectares de phragmites replantés, mares creusées, prairies rendues aux agriculteurs avec un cahier des charges strict. Dès l’automne, les premiers limicoles sont revenus. Aujourd’hui, 181 espèces d’oiseaux, 45 de libellules (dont l’Orthetrum à stylets blancs, uniques en Belgique), des papillons rares. Un marais qui renaît en quelques années, preuve que la nature, quand on lui rend l’espace, l’eau et le temps, ne demande qu’à refleurir.

Le grand coq qui perdait la raison au printemps

Il s’appelle Grand tétras, coq de bruyère, urogalle. Il fuit l’homme et vit dans les forêts froides. Au printemps, pendant la pariade, il devient fou : ni le bruit ni le fusil ne le dérangent. Il danse, siffle, claque du bec, bat ses rivales. Il attaque les passants, les chevaux, les automobiles. On l’a chassé pour ses plumes, sa chair, pour le plaisir et parfois pour le réguler. Il a disparu de Wallonie vers 1820. Il survit dans les Alpes, les Vosges, les Pyrénées. Moins nombreux chaque année. Pline l’Ancien l’avait décrit, Buffon aussi. Les chasseurs en parlent avec une fascination mêlée de respect. Il est rare, farouche, magnifique. Il ne se laisse ni apprivoiser ni oublier.

Deux punaises, une valise, un climat qui change

Elles se ressemblent, se confondent, s’agglutinent dans nos maisons quand l’hiver approche. La punaise nébuleuse (Rhaphigaster nebulosa) est une ancienne Méditerranéenne, arrivée chez nous il y a plus d’un siècle, mais qui n’a vraiment colonisé la Belgique que depuis les années 2000 — portée par les étés chauds et le déplacement de sa limite nord. La punaise diabolique (Halyomorpha halys), elle, est une voyageuse clandestine : née en Asie, passée par les conteneurs, les bateaux, les camions. Observée pour la première fois en Belgique en 2011, elle se reproduit déjà sur notre sol. L’une est un témoin du réchauffement, l’autre un fruit de la mondialisation. Toutes deux nous rappellent que les insectes, comme nous, traversent les frontières — parfois sans y être invités.