Sommaire
Page 1 – Éditorial – par W. Delvingt
Page 2 – La gestion de pelouses calcicoles et l’entomofaune hémi-édaphique : le cas des Coleoptera Staphyliinidae – par D. Deugmand et N. Mundon-Izay
Page 7 – Le statut et la protection des orchidées en Lesse-et-Lomme et en Famenne Occidentale – par D. Tyteca
Page 14 – Quel avenir pour le Pic mar en Wallonie ? – par L. Colmant
Page 15 – La forêt modèle du Bas-Saint-Laurent – par P. Jeanhart
Page 20 – La végétation de la réserve scientifique de l’étang du bois de la ville à Morialmé (Florennes, Province de Namur, Belgique) – par P. Martin, J. Duygneaud et J. Saintenoy-Simon
Page 26 – Qu’importe le vin, pourvu qu’on ait livrée : la consommation de vin de palme en forêt dense humide du Cameroun – par C. Vermeulen et E. Mikah
À découvrir dans ce numéro
Là où dansent les orchidées, le coléoptère veille et le Pic mar frappe
Entre ciel et sous-bois, la Wallonie tisse en secret la fragile toile du vivant. Sur les pelouses calcaires où le vent caresse les herbes rares, les coléoptères aux élytres brillants dansent au rythme des faucilles et des pas des moutons. Plus loin, dans l’ombre des chênaies centenaires, le Pic mar martèle le bois comme un cœur battant, tandis qu’à la lumière tremblante des clairières, les orchidées déploient leurs corolles précieuses, dernières étoiles d’un monde qui s’efface. Trois histoires, trois murmures, pour un même appel : écouter la terre avant qu’elle ne se taise.
La forêt se pense et se réinvente
Au cœur du Bas-Saint-Laurent, une forêt privée rêve d’un autre destin. Ici, les arbres ne sont pas seulement des troncs à abattre, mais des mémoires vivantes que l’on apprend à respecter. Dans un murmure de branches et de rivières, les forestiers inventent une nouvelle alliance : partager la terre comme au Moyen Âge, en métayage, gérer les ressources en commun, comme une grande famille. Chaque coupe est pensée, chaque cours d’eau protégé, chaque sentier tracé pour que le cerf et l’orignal puissent encore y passer. Loin des certitudes, cette forêt modèle est une promesse : cultiver le bois sans épuiser le sol, vivre du fruit des arbres sans tuer l’arbre. Une leçon de sagesse, venue du froid, pour tous ceux qui aiment la terre.
Le secret des eaux qui se retirent
Au creux d’une ancienne carrière noyée, là où les eaux apprennent à disparaître chaque été, un monde secret s’éveille. Sur les vases exondées, la Littorelle, petite plante amphibie, déploie ses rosettes fragiles comme une étoile échouée. À ses côtés, des mousses rares et des hépatiques oubliées tissent un tapis éphémère, témoins d’un temps où les étangs vivaient au rythme des saisons. Ici, la mémoire des ouvriers et le souffle des eaux souterraines se mêlent pour offrir un sanctuaire à des espèces que l’on croyait disparues. Mais ce jardin d’un jour est menacé par le bruit du monde, par les appâts des pêcheurs et les eaux trop riches. Alors, pour que ce miracle se renouvelle, il faut apprendre à protéger ce qui ne dure qu’un instant : la vie secrète des berges, quand l’eau s’en va.
Le Sang Sucré du Palmier
Chez les Badjoués, au cœur de la forêt dense du Cameroun, le vin de palme coule comme une rivière de fêtes et de quotidien. Chaque palmier a son nom, son goût, sa noblesse : le sou’h donne un vin rare et sucré, l’edjem un breuvage abondant, mais moins précieux. Mais cette tradition savante et festive, qui rythme les saisons et les cérémonies, cache une réalité plus sombre : pour extraire la sève, il faut abattre l’arbre. Une à une, les jachères se vident de leurs palmiers. Derrière l’ivresse des dégustations au pied du tronc se profile la question de la ressource, de sa régénération menacée par les rats, de sa gestion fragile. Le vin de palme est un plaisir qui se paie au prix de la forêt.