Parcs & Réserves – Volume 65 – Fascicule 4 – 2010

Des tourbières aux mares, des camps militaires aux écoles, les agents forestiers belges tissent une toile de résilience.

Sommaire

Page 3 – Éditorial – par W. Delvingt
Page 5 – La Réserve naturelle domaniale MARIE-MOUCHON – par P. Hanse
Page 8 – La Fange de l’Abîme – par C. Rebuffat
Page 12 – Restauration et création d’un réseau de mares intraforestières dans la vallée de la Haine – par J.-F. Duliere et T. Paternoster
Page 15 – Le travail d’un agent DNF dans un camp militaire – par S.Mollers R. Dahmen
Page 21 – La pépinière de plantes aquatiques du Cantonnement de Namur – par P. Nivelle
Page 26 – Un brevet Nature et Forêts pour quoi faire ? – par F. Raskin
Page 29 – Une belle occasion de faire de l’ornithologie – par R. Thunus
Page 32 – Plaidoyer pour les Réserves Intégrales – par M. Corroy

À découvrir dans ce numéro

La résurrection orchestrée de Marie-Mouchon

Grâce à une gestion active (fauche, puis pâturage par des Highlands) et des partenariats locaux (écoles, agriculteurs, associations), cette réserve belge a retrouvé sa splendeur perdue. Des espèces indicatrices comme l’Orchis de mai ont prospéré, et des hôtes prestigieux comme la cigogne noire sont revenus.

La Fange de l’Abîme : une tourbière blessée

Pour restaurer cette tourbière haute dégradée, une méthode douce et manuelle a été privilégiée : l’arrachage sélectif des bouleaux au treuil et à la bêche, évitant les engins lourds qui compactent et drainent le sol. Cette approche crée des gouilles rapidement colonisées par des espèces typiques (linaigrette, sphaignes).

Un réseau de mares ressuscite la biodiversité forestière

Un projet de création et restauration de mares dans les forêts de la vallée de la Haine (Belgique) a transformé le paysage. Partant de plans d’eau dégradés, des dizaines de mares aux pentes douces et aux profondeurs variées ont été aménagées. Les résultats sont spectaculaires : 43 espèces de libellules répertoriées, dont le Lestes virens, disparu depuis 1948. La faune aquatique, les amphibiens et la flore spécialisée (comme le drosera) ont prospéré.

Un camp militaire, sanctuaire de biodiversité

Le camp d’Elsenborn, inscrit à Natura 2000, préserve par son usage militaire des paysages ancestraux ouverts (landes, nardaies) et leurs espèces rares comme le tarier des prés. La gestion du forestier y est unique : feux contrôlés, étrépage et fauchage. Cette symbiose inattendue démontre qu’une activité militaire peut, sous certaines conditions, être un allié puissant pour la conservation active de milieux semi-naturels.

Des racines contre le béton : la pépinière aquatique de Namur

Pour lutter contre la banalisation des cours d’eau, le cantonnement forestier de Namur a créé une pépinière d’hélophytes (roseaux, iris…). Elle fournit chaque année des milliers de plants pour restaurer des frayères à poissons, équiper des stations d’épuration par lagunage et végétaliser des bassins d’orage.

Les scouts et la forêt : d’adversaires à alliés

Pour rapprocher les mouvements de jeunesse et les gestionnaires forestiers, le brevet « Nature et Forêts » a été créé. Sur un week-end, les scouts (14-16 ans) vivent au rythme de l’agent DNF : lecture de carte, reconnaissance des arbres, observation de la faune aquatique et nocturne, et surtout, apprentissage des bonnes pratiques pour monter un camp à faible impact écologique.

Un forestier au service des oiseaux

Un agent forestier a pu mettre à profit sa passion pour l’ornithologie en participant au suivi des oiseaux nicheurs dans le cadre du projet LIFE Hautes-Fagnes. Détaché deux jours par semaine, il a réalisé des points d’écoute et recherché des espèces rares, contribuant ainsi à mesurer l’impact des restaurations de tourbières.

L’irremplaçable sanctuaire des Réserves Intégrales

Les Réserves Intégrales, où toute exploitation est proscrite, sont devenues un outil essentiel pour la biodiversité forestière. Elles offrent un refuge vital aux espèces saproxyliques (comme le Lucane cerf-volant ou le Pique-Prune), dépendantes du bois mort et sénescent, qui ont disparu des forêts gérées intensivement. Loin d’être un « gâchis économique », ces sanctuaires préservent des paysages spectaculaires (comme la futaie Colbert), génèrent une valeur écologique et touristique immense, et répondent à une demande croissante de la société. Elles incarnent un tournant majeur dans la gestion forestière, conciliant enfin production et préservation du patrimoine naturel.