Parcs & Réserves – Volume 66 – Fascicule 3 – 2011

Des paysages nés de l'industrie du zinc renaissent aujourd'hui en sanctuaires de biodiversité

Sommaire

Page 3 – Éditorial – par D. Rosengarten
Page 4 – L’essor de l’industrie belge du zinc (1800 -1880) – par A. Peters
Page 12 – Restauration du tapis végétal calaminaire par étrépage sur les anciens sites miniers de Theux et de Plombières – par J.-F. Hermanns et D. Ertz
Page 19 – Stratégies de conservation de la diversité végétale des sites métallifères : les enseignements de l’écologie des populations de Viola calaminaria – par G. Mahy, M. P. Faucon, J.- P. Bizoux
Page 24 – Onze ans de suivi des lépidoptères rhopalocères de la réserve naturelle de l’ancien site minier de Plombières – par D. Ertz
Page 28 – Chorologie des métallophytes calaminaires dans le Compendium Florae Belgicae : une référence ancienne qui nous touche au cœur ! – par J.-F. Hermanns
Page 30 – Distomatose à Leucochloridium paradoxum chez l’escargot Succinea putris. Une observation dans la Réserve naturelle de Plombières – par J.-F. Hermanns et D. Ertz

À découvrir dans ce numéro

La Belgique, empire du zinc au 19ᵉ siècle

Grâce au four liégeois et aux riches gisements de calamine, la Belgique est devenue le leader mondial du zinc entre 1800 et 1880. Des sociétés comme la Vieille‑Montagne ont bâti une industrie intégrée et innovante, mais aussi polluante, qui a épuisé les ressources locales et façonné durablement le paysage économique et environnemental du pays.

L’étrépage, un scalpel pour ressusciter les pelouses calaminaires

Sur les anciens sites miniers de Theux (Le Rocheux) et de Plombières, l’étrépage (le raclage de la couche superficielle du sol) s’avère une méthode efficace pour restaurer les pelouses calaminaires, des écosystèmes uniques liés aux sols riches en métaux lourds. Cette intervention, testée depuis 1998, recrée des conditions pionnières en exposant le substrat minéral. Elle permet la germination de la banque de graines dormante et favorise le retour rapide d’une flore spécialisée (comme la violette calaminaire) et d’insectes rares (comme le papillon Plebejus argus). L’étrépage se révèle ainsi un outil précieux de gestion conservatoire active pour maintenir la biodiversité de ces milieux patrimoniaux menacés par l’enfrichement.

Les viollettes de métal

Comment la violette calaminaire, fleur fragile, défie les sols toxiques pour y fleurir. Ces îlots de vie, uniques et menacés, révèlent une biodiversité insoupçonnée. Pour les sauvegarder, une stratégie nouvelle émerge : protéger les sites naturels, mais aussi cultiver l’espoir dans les friches industrielles, ces cicatrices qui deviennent refuges. Une résilience botanique qui redonne sa chance à la nature, au cœur même des paysages transformés par l’homme.

Chronique des papillons de Plombières

Au cœur d’une ancienne friche minière toxique, un miracle écologique s’épanouit. Depuis onze ans, un ballet aérien et coloré anime les pelouses calaminaires de Plombières : des papillons rares et menacés, dont l’Azuré de l’ajonc (Plebeius argus), ont fait de ce sol pollué un ultime refuge. Cette étude révèle comment la gestion fine de ce site unique (entre étrépage, fauchage et lutte contre l’embroussaillement) permet de préserver une biodiversité insoupçonnée, où la violette calaminaire nourrit la chenille du Petit Collier argenté (Boloria selene). Un témoignage précieux sur la résilience de la nature et l’importance de sanctuaires anthropiques.

L’herbier de la mémoire : Les botanistes et l’énigme des sols toxiques

Remontez aux sources de l’écologie des milieux extrêmes, au cœur d’un trésor bibliographique du XIXe siècle, le Compendium Florae Belgicae. Sous la plume des botanistes Lejeune et Courtois, les plantes mystérieuses des sols toxiques de la Calamine y sont pour la première fois cartographiées et décrites. Avec une émotion palpable, leurs notes précises sur la violette ou la fétuque calaminaires ressurgissent, posant déjà, il y a deux siècles, les jalons de la notion d’endémisme. Un hommage touchant aux pères fondateurs dont les observations, de Stolberg à La Calamine, éclairent encore la compréhension de ces écosystèmes uniques.

Le bal des illusions : quand l’escargot danse pour l’oiseau

Dans les prairies humides de la réserve de Plombières, une observation insolite : un escargot dont le tentacule, transformé en un objet pulsatile aux couleurs vives, ne lui appartient plus. Il est devenu le jouet d’un parasite, Leucochloridium paradoxum, dont le cycle de vie tient de l’ingénierie macabre. Le ver manipule son hôte, transformant son corps en leurre pour attirer les oiseaux et accomplir sa reproduction. Cette note naturaliste, bien au-delà d’une simple curiosité, ouvre une fenêtre sur les stratégies de survie extraordinaires et les équilibres fragiles qui se jouent dans les écosystèmes, même les plus modestes.