Parcs & Réserves – Volume 69 – Fascicule 3 – 2014

La recherche dans les aires protégées d'Afrique centrale. Drones, gorilles, hippopotames, bonobos : la forêt africaine retient son souffle entre braconnage et espoir.

Sommaire

  • Page 3 – Introduction : Conservation et biodiversité animale en Afrique centrale – par C. Vermeulen et J. Linchant
  • Page 5 – Les drones au secours de la grande faune menacée de RDC – par J. Linchant, P. Lejeune et C. Vermeulen
  • Page 15 – Les Gorilles du Parc National de Lobéké, (Cameroun) : Utilisation de l’habitat et Implications pour la conservation – par S. C. Tsakem, M. N. Tchamba, R. B. Weladji
  • Page 27 – Conservation de l’hippopotame commun (Hippopotamus amphibius) au Parc National des Virunga : population actuelle et mesures de protection – par E. Balole-Bwami, E. de Merode, D. Kujirakwinja, I. R. Tchouamo, B. Michel
  • Page 35 – Politique(s) des aires protégées au Cameroun : impératifs écologiques, besoins socio-économiques et routines politiciennes – par J. Ngwanza Owono
  • Page 43 – La Réserve de Faune de Lomako Yokokala en République Démocratique du Congo : une réserve méconnue. – par E. B. Entanga, G. Mbayama Atalia, Folder A., Mate Mweru J.-P., P. Kumanenge

À découvrir dans ce numéro​

L’œil volant qui veille sur les géants

En République Démocratique du Congo, les gardes forestiers risquent leur vie pour protéger éléphants et autres grandes faunes menacées par le braconnage et les conflits armés. Les drones civils, économiques et faciles à déployer, offrent une alternative prometteuse : inventaires aériens précis, cartographie des activités illégales, repérage nocturne par caméra thermique. Le projet WiMUAS (ULg Gembloux) développe ces nouvelles méthodes pour pallier le manque de moyens et sauvegarder une biodiversité exceptionnelle.

L’intimité discrète des gorilles sous la canopée

Au Parc National de Lobéké (Cameroun), les gorilles de plaine de l’ouest choisissent avec soin leur habitat : ils nichent de préférence dans les forêts à canopée ouverte et sous-bois dense dominées par les Marantacées, notamment en saison des pluies. Les forêts denses mixtes restent leurs terrains de chasse pour l’alimentation. Une étude fine menée par transects, combinée à la cartographie satellitaire, éclaire leurs besoins et ouvre la voie à un tourisme de vision respectueux.

Le souffle lourd des géants d’eau sous la guerre

Au Parc National des Virunga (RDC), la population d’hippopotames, décimée par deux décennies de braconnage lié aux conflits armés, a perdu 95 % de ses effectifs depuis 1970. Les comptages aériens et terrestres de 2013 dénombrent 1454 individus, soit une hausse de 20 % par rapport à 2009, grâce aux efforts de protection. La rivière Ishasha, frontalière de l’Ouganda, concentre à elle seule la moitié des hippopotames et constitue le réservoir vital pour un possible repeuplement. Une fragilité persistante.

La forêt des intérêts croisés

Au Cameroun, les aires protégées se multiplient sous l’impulsion internationale, mais leur gouvernance se heurte à des routines politiciennes néopatrimoniales, des besoins criants des populations locales et des trafics transfrontaliers (comme le massacre des éléphants à Bouba Njida). Entre décentralisation inachevée, prédation des élites et survie des riverains, la conciliation des logiques reste un défi. Une transformation graduelle des pratiques politiques est la clé d’une conservation efficace et équitable.

Le sanctuaire des bonobos

Créée en 2006 au cœur de la forêt équatoriale congolaise, la Réserve de Faune de Lomako Yokokala (362 500 ha) abrite une biodiversité exceptionnelle, dont le bonobo (Pan paniscus), primate endémique menacé, ainsi que de nombreuses autres espèces emblématiques (éléphant de forêt, paon congolais, pangolins). Malgré une gouvernance relativement efficace et un faible taux de pressions, la réserve reste méconnue, victime de son enclavement, de la pauvreté des populations riveraines (93 % de pauvreté) et de menaces persistantes (braconnage, occupation illégale). Un joyau fragile à préserver.