Sommaire
Page 3 – Édito : Les terrils wallons, une richesse négligée – par W. Delvingt et C. Bauffe
Page 4 – La Wallonie, pays des 1000 terrils ? – par C. Bauffe
Page 8 – Sept années d’inventaires du potentiel biologique des terrils du bassin minier franco-wallon – par F. Stocman, C. Bauffe et M. Derume
Page 16 – Les amphibiens du bassin minier Nord-Pas de Calais (France) période 2009 – 2013 – par S. Rondel
Page 20 – Historique et restauration d’un site minier, le terril du Martinet – par M. Piret
Page 24 – Un atlas des sites carolos – par T. Torrekens
À découvrir dans ce numéro
Les collines noires qui disparaissent
La Wallonie comptait près de 1000 terrils après la Seconde Guerre mondiale. Il n’en reste aujourd’hui qu’environ 350, et peut-être seulement 140 à terme, menacés par l’arasement, l’urbanisation et le manque de protection. Ces collines artificielles, témoins du patrimoine minier, abritent pourtant une biodiversité exceptionnelle (amphibiens, papillons, oiseaux) et offrent des espaces de promenade uniques. Contrastant avec la reconnaissance UNESCO du bassin minier français, la Wallonie peine à préserver ce patrimoine commun entre histoire industrielle, écologie et aménagement du territoire.
Sept ans d’inventaires au sommet des crassiers
De 2005 à 2012, le projet INTERREG a inventorié 122 terrils du bassin minier franco-wallon selon une méthode standardisée (oiseaux, orthoptères, coccinelles, amphibiens). Résultat : plus de 12 000 données biologiques, des découvertes remarquables (Coccinelle fulgurante, Argus minime, Aeschne affine, Crapaud calamite), et un classement des 20 terrils les plus riches. Des opérations pilotes de gestion (débroussaillage, création de mares, pose de nichoirs) ont été menées, et deux sites ont obtenu le statut de réserve naturelle. Un plaidoyer pour que les terrils, ces « collines noires », soient reconnus comme des maillons essentiels du réseau écologique régional, et non plus comme de simples crassiers à araser.
Le chant nocturne des terrils
De 2009 à 2013, plus de 3200 données ont été collectées sur les amphibiens du bassin minier Nord–Pas-de-Calais, révélant 12 espèces. Parmi elles, le Crapaud calamite (242 données) et le rare Pélodyte ponctué (110 données) sont les emblèmes des terrils, où ils trouvent des mares temporaires idéales pour leur reproduction. L’Alyte accoucheur, espèce très disséminée, et les quatre espèces de tritons complètent ce tableau. L’analyse des habitats montre que les grands étangs à poissons sont pauvres en amphibiens, tandis que les mares peu profondes, claires et végétalisées sont cruciales. Une étude par radiopistage confirme que le Crapaud calamite affectionne les pentes schisteuses ouvertes. Le Pélodyte, absent de Belgique, reste menacé par l’isolement de ses populations.
La mémoire verte des mineurs
À Charleroi, les terrils du Martinet (25 hectares) sont bien plus que des collines noires : ils sont les mémoires vivantes du bassin industriel, où des générations de mineurs ont vécu et travaillé à cinq minutes de leur charbonnage. Aujourd’hui, grâce à la lutte obstinée du comité de quartier (d’anciens mineurs) et à la Ville de Charleroi, ces terrils abritent une biodiversité exceptionnelle (dont le crapaud calamite) et sont devenus un poumon vert en pleine ville. Une vaste réhabilitation (fosse n°4, plaines TLC) a transformé l’ancien « chancre urbain » en un lieu de promenade, de mémoire et de citoyenneté active, mêlant patrimoine industriel, écologie et lien social.
Charleroi, la ville verte aux cent terrils
Charleroi, souvent perçue comme une cité industrielle, cache en réalité 20 % de son territoire en zones d’intérêt biologique, dont les terrils représentent près de 18 % du réseau écologique local. Ces collines artificialisées, menacées par la fermeture naturelle des milieux, les dépôts clandestins et les projets immobiliers, accueillent pourtant des espèces rares (crapaud calamite, lézard des murailles, machaon). Le PCDN et Charleroi Nature ont lancé un « Atlas des terrils » : inventaires standardisés (méthode INTERREG), réouverture de roselières, création de mares pour les amphibiens et lutte contre les invasives (buddleia). Un outil pour prioriser la gestion et sensibiliser le public.