Sommaire
Page 3 – Éditorial – par J.-L. Renneson
Page 4 – Une introduction aux mollusques terrestres – illustration avec une prospection à la réserve des Roches Noires à Comblain-au-Pont – par C. Vilvens
Page 13 – Approche symbolique et psychologique de la malacofaune ou pourquoi écrasons-nous facilement une limace et préservons-nous un escargot qui traverse notre route – par G. Lemoine
Page 21 – Quand un silène peut en cacher un autre – par F. Van Rossum, H. Martin et P. Touzel
Page 29 – La vie de l’association
À découvrir dans ce numéro
Le peuple discret de la litière
Sous les feuilles mortes, entre les pierres moussues, contre les troncs pourrissants. Là où personne ne regarde vivent les escargots et les limaces. Coquilles en colimaçon, corps mous glissant sur leur bave, ils mènent une vie secrète réglée par l’humidité : s’abriter du soleil, fermer hermétiquement leur porte, attendre que la fraîcheur revienne. Aux Roches Noires de Comblain-au-Pont, là où la dolomie sculpte des falaises sombres, une trentaine d’espèces se cachent. Des pointus, des microbes, des poilus, des brillants. Dans l’humus et le calcaire, un monde minuscule, mais intense attend celui qui sait se baisser, retourner une pierre, et poser un regard neuf sur l’infiniment petit.
La coquille et le mépris
L’escargot traverse la route, on l’évite. La limace bave sur le trottoir, on l’écrase. Même corps mou, même bave, même lenteur. Mais l’un a une coquille et tout change. L’escargot porte sa maison, on peut le toucher sans se salir, en faire un jeu, une course, un symbole de résurrection chrétienne ou d’humilité. La limace, elle, rampe comme un reptile, colle une image de péché, de luxure, de diable. Derrière ce dégoût, des siècles de folklore, de religion, de mépris pour le visqueux et l’inclassable. Une histoire de regard, de symboles, et d’une petite coquille qui pèse plus lourd qu’on ne croit.
Le silène qui change de visage selon la pierre
Sur les coteaux calcaires, ses fleurs sont blanches, ses fruits petits et ses hampes ramifiées. Sur les schistes acides, ses fleurs deviennent crème ou rosées, ses fruits plus gros, ses hampes penchées. Pendant un demi-siècle, on a cru que le Silène penché (Silene nutans) avait simplement deux écotypes, deux visages adaptés au sol. Mais les analyses génétiques ont bousculé l’histoire : calcicole et silicicole sont en réalité deux lignées distinctes, d’origines géographiques anciennes (l’une orientale, l’autre occidentale), qui se sont rencontrées dans la vallée mosane après la dernière glaciation. Elles cohabitent parfois à quelques kilomètres, mais ne peuvent pas se croiser : leurs hybrides sont chlorotiques et stériles. Deux espèces en une, qui nous rappellent que les plantes, elles aussi, gardent des secrets. Et que pour les restaurer, il faudra désormais choisir le bon silène, celui qui est vraiment chez lui.