Le corps humain est constitué de plusieurs systèmes complémentaires et connectés entre eux. Les systèmes sanguin, lymphatique, digestif, respiratoire, etc. Si vous portez atteinte à l’un ou l’autre, il est fort probable que l’ensemble fonctionne moins bien, voire que l’issue en soit prématurément fatale. À moins de faire usage de technologie de haut niveau et dans une intention chimérique, il est également peu utile de faire tourner un de ces systèmes indépendamment des autres.
Au niveau de la biodiversité, c’est un peu la même chose. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. À l’exception peut-être de quelques niches isolées du reste du monde où se cachent d’étranges créatures gothiques vivant en vase clos, et encore, qui ne nous dit pas qu’elles n’ont pas joué ou ne joueront pas à nouveau un rôle dans le théâtre de la vie commune sur terre, tous les habitants de cette planète sont dépendants des interactions qu’ils entretiennent entre eux et avec leur milieu de vie.
La préservation d’espèces animales ou végétales rares ou devenues rares dans des espaces protégés, c’est bien. C’est même indispensable. Mais ce n’est pas suffisant. Favoriser leurs déplacements en toute sécurité entre ces espaces, c’est mieux. Et favoriser le retour de ces espèces dans des milieux restaurés qu’elles ont déserté depuis parfois très longtemps, c’est encore mieux. Ceci dit, la mobilité de la nature ne concerne pas uniquement les espèces rares. Permettre à un hérisson de traverser les jardins sans barrières infranchissables et sans se faire happer par une tondeuse ou coincer dans les mailles d’une clôture, c’est déjà agir en faveur du réseau écologique. Il en va de même pour beaucoup d’espèces considérées comme communes ou encore des espèces migratrices.
Le réseau écologique ne se limite pas non plus à simplement protéger et restaurer des coeurs de biodiversité et des corridors pour assurer la continuité écologique en surface avec les trames vertes et bleues. La réalité est plus complexe et intègre d’autres dimensions. Par exemple, si ces trames semblent évidentes le jour, le sont-elles aussi pour la diversité de la nuit ? Comment prendre en compte d’autres paramètres tels que le bruit, le tassement ou la stérilisation du sol ou encore l’espace aérien pour les migrateurs au long cours ?
Si les politiques d’aménagement du territoire restent encore très étanches aux enjeux de la biodiversité et presque uniquement dédiées au socio-économique, la prise de conscience de la nécessité d’un réseau écologique cohérent, étendu et multifonctionnel fait son chemin et les initiatives de terrain se multiplient. Si l’on veut préserver la biodiversité sur des surfaces significatives comme cela a encore été martelé lors de la COP15 à Montréal, nous ne pouvons plus nous contenter de considérer la nature comme des îles isolées perdues dans une matrice paysagère inhospitalière, mais comme un ensemble vital pour chacune de ses composantes, nous y compris. Cela demande de reconsidérer radicalement la manière dont nous nous situons dans la biosphère.
À ce titre, la Wallonie avance dans la bonne direction puisque les deux premiers Parcs Nationaux ont été sélectionnés et couvriront pas moins de 51.000 ha de son territoire. La volonté du Gouvernement Wallon de créer plus de 1.000 ha d’espaces protégés par an (1.600 ha en 2022 !) va également dans la bonne direction et nous ne pouvons que nous en féliciter ! Pour le reste, la tâche est encore rude pour convaincre certain.e.s représentant.e.s à l’échelle locale ou certains membres de corporations professionnelles ou de loisirs, parfois très conservatrices, de l’utilité d’intégrer la notion de réseau écologique dans la pratique courante de leurs activités. Cela prend du temps, mais les urgences en matière de climat et de biodiversité transformeront de plus en plus ces résistances, en un combat d’arrière-garde.
2023 se profile comme une année de renouveau, et pour Ardenne & Gaume, cela se traduit déjà par l’investissement de notre tout nouveau bureau en compagnie de la LRBPO et des CNB. Cela ne peut que favoriser les échanges et renforcer les partenariats. Vous êtes aussi de plus en plus nombreux à apprécier les Carnets des Espaces Naturels et nous tenons à remercier toutes les personnes motivées et qualifiées participant à l’élaboration et à la diffusion de ce bel outil que nous espérons utile pour les professionnels, les pouvoirs régionaux et locaux, les étudiants, mais aussi les naturalistes de tous horizons. Relier tout ce beau monde et en partager les compétences et les expériences sont aussi une manière pour nous de développer le réseau écologique.
Toute l’équipe d’Ardenne & Gaume vous souhaite une excellente nouvelle année !
Cet article est l’édito des Carnets des Espaces Naturels N°15.