Biodiversité et climat, les deux faces d’une même pièce tragique

Ces derniers mois, les images apocalyptiques glanées aux quatre coins du monde occupent une part de plus en plus large de l’espace médiatique. Pas encore suffisamment au regard de la gravité de la situation : incendies et inondations dantesques, records de température ne s’invitent encore trop souvent qu’entre la poire et le fromage. L’effet «  Et maintenant, tout autre chose  » est toujours à l’œuvre pour passer d’une urgence de crise rapidement brossée à la fatuité du sport spectacle joué par des footballeurs multimillionnaires. Nos biais cognitifs achevant finalement de nous re-plonger dans notre torpeur blasée.

Pourtant, le danger se rapproche et cela commence à se voir aussi chez nous. La vieille loi journalistique du mort au kilo-mètre se vérifie également pour le climat. Les images des récentes et violentes inondations ne sont plus venues d’une obscure vallée indienne ou péruvienne, mais de Wallonie et d’Allemagne. Le déluge de juillet a probablement meurtri plus de corps et d’esprits que toutes les images d’ours polaires squelettiques de ces vingt dernières années. La Belgique a vu apparaître ses premiers réfugiés climatiques. Nous avions déjà presque oublié les canicules et les records de chaleur de 2019 et 2020 et voilà que nous retrouvons subitement le sens des mots quand on évoque l’ « imperméabilisation des sols », une « zone inondable » ou le « lit majeur ».

Au-delà de cette tragédie climatique s’en joue une autre, plus grave si c’est encore possible et pourtant bien plus discrète pour le commun des mortels : l’effondrement de la biodiversité. Nous assistons à la sixième extinction massive des espèces et la première dont seul l’homme est responsable. Depuis 1970, les populations de vertébrés ont chuté de 60 % selon le rapport 2018 du WWF. « Les espèces n’ont jamais décliné à un rythme si rapide, qui est aujourd’hui cent à mille fois supérieur que celui calculé au cours des temps géologiques ».

Selon le concept établi en 2009 par les scientifiques Johan Rockström et Will Steffen, il existe neuf frontières planétaires. Neufs seuils biophysiques à ne pas dépasser afin de préserver un avenir viable pour les générations futures. En 2021, quatre de ces seuils ont déjà été franchis et la perte de la biodiversité en est le plus cri-tique, bien devant le réchauffement du climat. Or, des écosystèmes en bonne santé sont, de loin, des puits de carbone très efficaces, bien plus que n’importe quel projet de bio-ingénierie utopique.

En novembre 2021, sous l’égide du GIEC, se déroulera la COP26 pour le climat et dans le courant de 2022, sous celle de l’IPBES, la COP 15 pour la biodiversité. Ces deux éditions seront capitales et les forces en jeu seront importantes, car il ne s’agit ni plus ni moins que de débattre de notre survie. Espérons que les liens de causes et d’effets entre le climat et la biodiversité seront enfin bien établis et considérés. Mais faut-il attendre les engagements des états lors de ces rendez-vous internationaux pour agir ?

Assurément, non. Modifier en profondeur et rapidement nos pratiques agricoles, sylvicoles et cynégétiques à l’échelle régionale et locale n’est plus une option, mais une injonction morale. Reconsidérer la place de la nature sur le territoire, y compris urbain et restaurer des milieux profondément détériorés par soixante années d’insouciance urbanistique et agronomique de-viennent des questions existentielles. Si nous ne le faisons pas, la puissance des éléments s’en chargera encore plus durement pour nous.

La manière dont la pandémie du COVID a été traitée par le monde politique montre que quand le danger est perçu à sa juste mesure, il est possible d’agir vite et à large échelle. Le dernier rapport du GIEC publié ce 9 août nous le rappelle avec insistance : l’alerte est écarlate et il n’y a plus une seconde à perdre !

Cet article est l’édito des Carnets des Espaces Naturels N°10.

Crédit photo : Villers-sur-Lesse (juillet 2021) © Quentin Van Belle

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