L'histoire et la vie des mares de Ben-Ahin
Située sur la rive droite de la Meuse, en amont de Huy, la réserve naturelle des Mares de Ben-Ahin se distingue par la diversité de ses milieux. Elle comprend une zone humide composée d’étangs, de mares et de marécages, ainsi qu’un versant boisé et abrupt. Elle est reconnue pour sa richesse floristique, notamment la rare Laîche raide (Carex elata), ainsi que pour son intérêt odonatologique exceptionnel : alors que la Wallonie compte 68 espèces de libellules et demoiselles, 38 d’entre elles ont été recensées ici au cours vingt dernières années.
Cette zone humide est le résultat de l’exploitation industrielle de l’argile destinée à la fabrication de tuiles, une activité autrefois florissante à Ben-Ahin, abandonnée vers 1926. Les fosses d’extraction, délaissées, se sont progressivement remplies d’eau issue de la nappe phréatique, du ruisseau de Gives et des suintements naturels au pied du versant, formant ainsi les mares actuelles.
Les mares
Les mares de Ben-Ahin sont nées de l’abandon d’anciennes fosses d’extraction d’argile à tuiles. Avec le temps, l’eau s’y est installée, créant une mosaïque de milieux humides. La profondeur variable de ces plans d’eau favorise une grande diversité de plantes. Des diguettes aux zones plus profondes, chaque plante trouve sa place, offrant nourriture et abri à de nombreuses espèces animales. Ces plantes aquatiques, en plus de leur beauté, jouent un rôle crucial dans la filtration de l’eau, la stabilisation des sols, l’oxygénation du milieu et d’accueil pour tout un pan de la faune et de la fonge.
La mégaphorbiaie
La mégaphorbiaie est une formation végétale dense à hautes herbes, enrichie en matières organiques, qui se développe dans les zones humides de Wallonie. Dans la réserve naturelle de Ben-Ahin, elle s’observe sous la forme d’une bande longue et étroite, colonisée notamment par le Pigamon jaune (Thalictrum flavum). Ce milieu est un précieux vestige des anciens prés de fauche des plaines alluviales. Sa formation résulte souvent de l’abandon des pratiques agropastorales, telles que le pâturage et la fauche, qui maintenaient autrefois ces habitats ouverts.
La magnocariçaie
La magnocariçaie est un milieu humide dominé par des laîches de grande taille. Ces plantes herbacées vivaces, abondantes et diversifiées dans la réserve naturelle de Ben-Ahin, forment parfois des touradons comme pour la Laîche paniculée. Ces monticules se construisent lentement au fil des années par l’accumulation des feuilles mortes et jaunies, s’élevant au-dessus du niveau des eaux environnantes.
À découvrir lors de cette balade

Les odonates
Cycle de vie des odonates de l’accouplement par le stade larvaire à l’émergence. Sur l’exemple d’une libellule fauve.

Les laîches
Découvrez les particularités botaniques des laîches (tribu des Cariceae), des plantes à fleurs unisexuées formant des épis mâles, femelles ou bisexués selon les espèces.
Espèces à observer pendant la balade

Laîche paniculée
(Carex paniculata) Grande laîche rugueuse, floraison mai-juin. Utile à l’écosystème : filtre, stabilise les berges, abrite la faune et servait autrefois à couvrir les toits.

Trèfle d’eau
(Menyanthes trifoliata) Plante semi-aquatique, le trèfle d’eau orne les mares au printemps et stabilise les berges grâce à ses racines et ses fleurs délicates.

Lentille d’eau à plusieurs racines
(Spirodela polyrhiza) Lentille d’eau flottante formant un tapis vert, elle épure l’eau, abrite la faune et régule la lumière dans les zones calmes et riches en nutriments.

Sympétrum rouge sang
(Sympetrum sanguineum) Libellule rouge vif aux pattes noires, dressant l’abdomen vers le soleil pour limiter la chaleur grâce à la posture de l’obélisque.

Agrion exclamatif
(Coenagrion pulchellum) Demoiselle bleu et noire aux ailes jointes, elle pond sur feuilles flottantes en profitant des trous laissés par d’autres insectes.

Æschne printanière
(Brachytron pratense) Grande libellule précoce vivant près des mares et eaux calmes, où ses larves se développent sur des débris végétaux durant 2 à 3 ans.

Pigamon jaune
Pigamon jaune (Thalictrum flavum), une plante vivace avec ses grandes fleurs jaunes et ses feuilles découpées s’épanouit dans les prairies, landes et clairières.

Cératophylle épineux
(Ceratophyllum demersum) Plante aquatique flottante, le cératophylle épineux oxygène l’eau, abrite la faune et améliore la clarté en retenant les particules.

Libellule fauve
(Libellula fulva) La Libellule fauve fréquente les eaux calmes et les roselières; le mâle bleuit à maturité, la femelle sort vers midi.

Laîche faux-souchet
(Carex pseudocyperus) Cette plante aux tiges et feuilles rugueuses forme des touffes sur les sols inondés en bordure des eaux.

Laîche raide
(Carex elata) Plante des zones humides, la laîche raide forme des touffes denses et offre un refuge à la faune, mais reste menacée en Wallonie.

Callitriche des eaux stagnantes
(Callitriche stagnalis) Plante aquatique formant des herbiers denses, la callitriche favorise la faune et présente des feuilles flottantes larges et immergées fines.

