Les pelouses calcaires en Wallonie

Découvrez l’univers fascinant des pelouses calcaires en Wallonie à travers cet article. Explorez l’histoire agropastorale de ces espaces, les défis actuels liés à la conservation de cet habitat sec et chaud, ainsi que l’expérience acquise par Ardenne & Gaume dans la gestion de ce milieu spécifique. Une exploration informative qui met en lumière l’équilibre délicat entre l’intervention humaine et la préservation de la biodiversité.

Table des matières

Les pelouses calcaires : un milieu sec et chaud

Les pelouses calcaires, aussi appelées pelouses calcicoles, sont un type de pelouses sèches. Comme toutes les autres pelouses, les pelouses calcicoles sont dominées par une végétation herbacée rase et souvent discontinue, contrairement aux prairies avec lesquelles elles peuvent être confondues.

La spécificité des pelouses calcaires est due aux roches calcaires sur lesquelles elles se développent, souvent sur des versants exposés au sud ou au sud-ouest. Ces roches, lorsqu’elles sont affleurantes, présentent les deux particularités de ne pas retenir l’eau d’une part, et d’emmagasiner la chaleur d’autre part.

Ces différents paramètres expliquent le microclimat sec et relativement chaud de ce milieu par rapport à ce qu’on rencontre aux alentours. Ces conditions se rapprochent de climats rencontrés habituellement plus au sud de l’Europe. C’est pour cela que sur nos pelouses calcaires on retrouve toute une série d’espèces méridionales.

Les origines agropastorales de pelouses calcaires

À l’origine, le paysage végétal qui caractérisait la région était une immense forêt dominée par le hêtre et le chêne. Petit à petit, cette forêt a été grignotée par l’action de l’homme. Une fois que l’homme est intervenu par des déboisements plus importants, les pelouses, alors se sont étendues et ont pu être maintenues pendant des années, surtout grâce à l’action du pâturage qui constituait alors la meilleure valorisation possible de ces espaces marginaux.

On parle des milieux semi-naturels qui ont été à l’origine façonnés par l’action de l’homme, mais constitués d’espèces sauvages venues spontanément. C’est également le cas des landes, des prairies semi-naturelles, etc.

L’importance de cet habitat pour la biodiversité

Les pelouses calcaires représentent sans doute l’habitat ouvert le plus diversifié en Wallonie. Sur les pelouses les plus riches, on peut parfois dénombrer jusqu’à 50 espèces de plantes sur quelques mètres carrés. Certaines espèces typiques des climats plus chauds et plus secs y subsistent, et atteignent souvent ici la limite septentrionale de leur aire de distribution. C’est le cas de nombreuses orchidées, de l’Aster d’automne (Aster linosyris) ou encore du Géranium sanguin (Geranium sanguineum).

Stratégies de survie végétale dans les pelouses arides

Géranium sanguin (Geranium-sanguineum) – espèce typique de climat chaud et sec - photo : Alexis MikolajczakGéranium sanguin (Geranium-sanguineum) – espèce typique de climat chaud et sec - photo : Alexis Mikolajczak
Géranium sanguin (Geranium-sanguineum) – espèce typique de climat chaud et sec © Alexis Mikolajczak

La végétation est constituée de plantes particulièrement adaptées aux conditions de vie très contraignantes qui règnent dans ces pelouses. Le manque d’eau et la faible disponibilité en éléments nutritifs sélectionnent des plantes à enracinement très profond et à partie aérienne proportionnellement peu développée. L’accent est mis sur la capacité à capter les maigres ressources et à les conserver dans les tissus végétaux. Il n’est donc pas question de trop grandir au risque d’épuiser les maigres ressources stockées. La plupart des plantes à fleurs ne dépassent donc pas 20 à 30 cm de hauteur avec des feuilles concentrées au niveau du sol (rosettes). Il n’y a que les graminées (Brome érigé et Brachypode penné) pour envoyer leur tige fleurie à une hauteur suffisante.

Au rang des autres stratégies d’adaptation, on trouve des plantes (le plus souvent annuelles) dont la floraison et la fructification ont lieu très tôt en saison lorsque les sols sont encore bien arrosés par les pluies printanières. Elles sont rapidement suivies par les orchidées dont la floraison a également lieu tôt dans la saison de végétation, celle-ci passant le plus dur des sécheresses estivales sous la forme d’un tubercule enfoui dans le sol caillouteux. Les adaptations sont aussi morphologiques, principalement la présence d’un indument à la surface des feuilles et tiges qui assure un meilleur contrôle de l’évapotranspiration. À l’extrême l’indument très dense devient un épais feutrage de poils (tomentum) fournissant une couche d’isolation très performante que l’on retrouve chez le très rare Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum) qui évoque bien les contrées méridionales et certaines Epervières (Hieracium).

 
Le flambé (Iphiclides podalirius) - photo : Julien Preud'homme
Le flambé (Iphiclides podalirius) – ce papillon originaire de la région méditerranéenne peut être observé sur les pelouses calcaires © Julien Preud’homme

La faune de pelouses calcicoles

La faune des pelouses calcaires est composée de nombreuses espèces originaires de la région méditerranéenne, de l’est de l’Europe et des steppes de l’Asie tempérée. Le flambé (Iphiclides podalirius) est un papillon originaire de la région méditerranéenne qui aurait progressé vers le nord en empruntant les couloirs naturels du Rhône, de la Saône, de la Loire, de la Seine et de la Meuse. L’argus bleu nacré (Lysandra coridon) par contre serait venu de l’est comme d’ailleurs beaucoup d’espèces animales caractéristiques des pelouses calcicoles belges. Il est à noter que plusieurs de ces espèces atteignent dans nos régions la limite septentrionale de leur aire de répartition.

Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon) - Christophe Danaux
Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon) © Christophe Danaux

Conservation et restauration des pelouses calcaires

Depuis un siècle, les surfaces couvertes par les pelouses calcaires ont considérablement diminué. Jadis, on en recensait des centaines d’hectares sur la Calestienne et les versants de vallée sur la Meuse, par exemple. Ces surfaces se sont réduites à la suite de l’abandon du pâturage par reboisements spontanés ou par les plantations par l’homme de pins non indigènes (notamment du pin noir à l’époque des charbonnages). Les rares pelouses qui subsistent aujourd’hui constituent des reliques qu’il est primordial de protéger.

C'est un milieu qui était historiquement beaucoup plus présent un peu partout en Europe, mais qui a vraiment régressé ces derniers siècles.

Ce patrimoine naturel est considéré comme prioritaire au niveau européen puisqu’il fait partie de la liste des habitats dits « d’importance communautaire » listés dans la Directive européenne Faune Flore Habitats (1992) qui envisage plusieurs mesures concernant la conservation de ces habitats naturels ainsi que des espèces de la faune et de la flore sauvages.

Répartition des pelouses calcaires en Belgique

Carte de répartition des pelouses calcaires en Wallonie
Carte de répartition des pelouses calcaires dans le réseau de sites Natura 2000 en Wallonie. Un carré vert représente 1 km carré au sein duquel une ou plusieurs occurrences de l’habitat 6210 – pelouses sèches semi-naturelles et faciès d’embroussaillement sur calcaire – ont été répertoriées. (Source : données de cartographie des sites Natura 2000 DGNRA – DEMNA, adaptées.)

 

Où trouver des pelouses calcicoles en Belgique ?

  • Dans les vallées du Viroin et de l’Eau Blanche ; dans l’entité de Philippeville
  • Dans les vallées de la Meuse et de divers petits affluents (Molignée, Fond de Leffe…)
  • En Lesse et Lomme
  • Dans les vallées de l’Ourthe et de l’Aisne
  • À la Montagne-Saint-Pierre (Visé)
  • Dans le sud de la Gaume

Des pelouses isolées et de petite taille peuvent être localisées en dehors de ces régions (Walcourt, etc.)

La gestion des pelouses calcaires – pourquoi ne pas laisser faire la nature ?

Pâturage à la Montagne-aux-Buis par les moutons de la race Roux ardennais
Pâturage à la Montagne-aux-Buis par les moutons de la race Roux ardennais

Pour conserver leur biodiversité, les pelouses calcaires doivent être entretenues régulièrement. La gestion vise en premier lieu à maintenir le milieu suffisamment ouvert en empêchant les arbres et les arbustes de reprendre spontanément leur place naturelle. Afin de maximiser cette biodiversité, la gestion doit également pouvoir contenir l’extension des graminées qui tendent également à uniformiser le tapis végétal. La restauration et le maintien de la végétation attendue sont possibles grâce au pâturage. Dans la réserve naturelle de Dourbes, un berger assure cette tâche grâce à son troupeau de moutons de race roux ardennais, dans des conditions parfois très difficiles sur de nombreuses pentes rocheuses.

 

Comme l’explique très bien le conservateur de la réserve naturelle agréée de Dourbes, Bernard Clesse, lors d’une promenade à la Montagne-aux-Buis :

Le leitmotiv du point de vue de la gestion de la nature, c’est la mosaïque. Il faut vraiment qu’il y ait un maximum d’habitats différents qui peuvent abriter toute une série d’espèces, que ce soit pour des plantes, des animaux, ou des champignons.

La gestion de ce milieu résulte d’un choix visant la protection d’un maximum de biodiversité. La rotation de zones de pâturage, la coupe sélective des arbres et arbustes sont guidées par les réflexions de naturalistes expérimentés.

Une étude scientifique du milieu

Ardenne & Gaume s’est intéressée aux pelouses calcaires très tôt. Nous gérons des réserves naturelles où cet habitat est présent depuis plusieurs décennies. Par exemple à Torgny, en Gaume, où la première réserve naturelle d’Ardenne & Gaume a été créée en 1942. C’est l’actuelle réserve naturelle Raymond Mayné, nommée d’après un des pères fondateurs d’Ardenne & Gaume.

Autre exemple, c’est la réserve naturelle de Furfooz dont Ardenne & Gaume assure la protection depuis 1948. Ardenne & Gaume s’est également très tôt intéressée aux pelouses calcaires d’Entre Sambre et Meuse où elle conserve encore aujourd’hui la gestion de plusieurs sites faisant partie de la réserve naturelle de Dourbes. Cette expérience de 80 ans est assez unique.

Les naturalistes observent et étudient les pelouses calcaires de longue date. De nombreuses publications d’études scientifiques témoignent un intérêt porté envers ce milieu. Citons, par exemple, le travail remarquable de Jacques Duvigneaud, un grand botaniste qui était par ailleurs administrateur d’Ardenne & Gaume.

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Expérience d’Ardenne & Gaume dans la gestion des pelouses calcaires

Après la Seconde Guerre mondiale, de vastes surfaces de pelouses en bon état de conservation existaient dans nos régions. L’abandon de pâturage étant récent, aucune gestion active du milieu n’était nécessaire. C’est seulement à la fin du XX siècle, quand les milieux se sont retrouvés assez dégradés, que les premiers programmes de restauration de pelouses calcicoles ont été initiés.

Ici encore, Ardenne & Gaume a joué son rôle de pionnier en constituant la cheville ouvrière d’un premier projet LIFE, le LIFE Lesse et Lomme, qui a permis de restaurer au début des années 2000 plusieurs dizaines d’hectares dans la région de Han-sur-Lesse. Peu après, l’association était aussi partenaire du projet LIFE Haute Meuse, qui lui visait la Haute-Meuse dinantaise et le Viroin. Ces projets ont permis de restaurer les sites et de leur assurer une gestion qui perdure encore de nos jours. Cette gestion était prise en charge par divers acteurs, comme le DNF (réserves domaniales), Natagora ou Ardenne & Gaume.

La carte des trois projets Life « Pelouses sèches » en Région wallonne.
La carte des trois projets Life « Pelouses sèches » en Région wallonne.

 

Suite à ces grands projets, Ardenne & Gaume est restée impliquée dans la gestion de dizaines d’hectares des pelouses calcaires et dans la coordination multi-acteurs de gestion par pâturage sur de nombreux sites. Nous avons conservé une vision assez large de ce qui se faisait avec une optique de partage des expériences et d’informations, qui bénéficie quelque part aux nouveaux projets qui se mettent en place encore de nos jours, comme le projet du Parc National Entre-Sambre-et-Meuse, par exemple.

Restauration de pelouses calcaires dans le Parc National de l’Entre-Sambre-et-Meuse

Ardenne & Gaume a participé activement dans la construction de dossier de candidature du Parc National d’Entre Sambre et Meuse. De nombreux acteurs sont intervenus afin de monter ce projet ambitieux. Chacun d’entre eux travaillait sur les thématiques pour lesquelles il était le plus pertinent.

Ardenne & Gaume et en particulier Marc-Antoine Haeghens, s’est davantage investi dans la thématique de la restauration des 80 hectares des pelouses calcaires sur le territoire du Parc. Nous pilotons désormais cette action, avec comme coordinateur, Maxime Gonze qui veille sur le bon déroulement de cette partie du projet.

La restauration consiste à ouvrir le milieu en exploitant les pins noirs (Pinus nigra) qui avaient été plantés pour améliorer la rentabilité économique des pelouses et en éliminant les ligneux restants. Ces ligneux seront éliminés en combinant une gestion mécanique dans un premier temps et une gestion par pâturage par la suite.

Actuellement, nous avons trouvé un accord pour la restauration de 59,5 ha sur terrains publics essentiellement. Le travail de prospection des sites potentiellement restaurables sur la commune de Chimay bat son plein. Les premiers chantiers de restauration débuteront cet hiver sur de petites surfaces à la débroussailleuse. Cependant les chantiers nécessitant l’exploitation des pins débuteront en été 2024, une fois la saison de nidification terminée.

Ardenne & Gaume, en raison de son expérience reconnue sur le pâturage, a également collaboré à la conception d’une initiative particulière envisagée dans le Parc National, à savoir la remise en route d’un pâturage itinérant.

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